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« L’abandon » de Vincent Garenq

mercredi 24 juin 2026, par Sébastien Bourdon

L’engrenage

Le film retrace les onze jours qui ont précédé l’assassinat de Samuel Paty : on ne saura donc guère comment il vécut, et si l’on sait trop comment il est mort, le film traite cette fin atroce par l’ellipse (ne glaçant pas moins le spectateur).

Si l’on excepte en ouverture un texte - inventé de Samuel Paty (Antoine Reinartz) - en voix off, vraie faute de goût, le reste du film est d’une sobriété exemplaire.

On pouvait craindre le pire, ne serait-ce que parce que reconstituer l’histoire récente est un exercice délicat, manquant souvent de profondeur d’analyse et de recul.

Ici, on ne cherche pas à nous faire étalage didactique des dissensions socio-culturelles de la France contemporaine, mais plutôt à comprendre ce qui a merdé : quel tragique enchaînement d’événements a abouti à cet assassinat atroce et humainement inacceptable.

La seule personne qui n’y est réellement pour rien est la victime, honnête homme au sens voltairien du terme, qui faisait intelligemment son noble métier d’enseignant.

Et pourtant par une succession d’événements, parfaitement agencés, il aura la tête tranchée : la bêtise, le m’enfoutisme, la lâcheté, la désorganisation, l’obscurantisme religieux et la volonté criminelle assumée auront raison de la vie d’un chic type.

C’est de cela que le film se fait l’implacable démonstration, nous laissant abattus à la sortie de la salle.

Certains pourraient trouver à l’œuvre un aspect un peu démonstratif, considérer que ce bout de lorgnette choisi est un peu réducteur : mais ce sont les faits, rien que les faits, et ils sont terribles, faisant du film œuvre de salubrité publique.

Sébastien Bourdon

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