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« Shana » de Lila Pinell
mercredi 17 juin 2026, par
Riot Girl
On ne sait pas tout de suite pourquoi, mais Shana (Eva Huault) ne semble pas tout à fait à sa place dans sa famille. Juifs de classe moyenne, soucieux d’un respect convivial des traditions, elle surgit là-dedans maquillée comme une voiture volée, avec une gouaille qui peut virer à la soudaine colère, comme si une injustice subie de longue date ne demandait qu’à être rappelée à l’assemblée familiale réunie.
Ce qui a été brisé, on le comprendra plus tard, le film se risquant subtilement aux brusques changements de ton, pour mieux sonder les cœurs et les âmes.
Le corps généreux de Shana déborde de ses émotions mal contenues, sa voix porte toujours au-delà du nécessaire. Telle la Cléo d’Agnès Varda, elle arpente le pavé parisien, à la recherche de solutions aux problèmes qu’il lui est souvent arrivé de générer toute seule.
Son homme, Moise (les références bibliques sont nombreuses dans le film, les spécialistes pourront faire un quizz), est en prison pour deal et violences conjugales. Shana gère le business en attendant, mais tape un peu trop dans le revenu généré, oubliant qu’un jour, les criminels sortent de prison, et les problèmes avec.
Elle alterne les virées avec les copines, pleines d’une saine vitalité, avec les passages dans sa famille, toujours ou presque désastreux (Noémie Lvovsky).
Elle court beaucoup, mais elle cherche un peu de paix malgré tout, car si vivante soit-elle, la jeune femme est quand même un peu accablée.
Enchaînement rapide de séquences où se mélangent les atmosphères et les émotions, le film ne cherche point à s’appesantir, se focalisant sur un personnage principal tourbillonnant.
Le naturel est partout, on ne cherche surtout pas à le chasser, sans que cela ressemble le moins du monde à un documentaire (la réalisatrice Lila Pinell pourtant en vient). Film véloce et rafraîchissant, abordant avec beaucoup de sensibilité et de drôlerie des situations souvent douloureuses, il emporte aussi efficacement que son héroïne est irrésistible.
Sébastien Bourdon