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« Pétrole » d’après Pier Paolo Pasolini, Odéon le 20 décembre 2025 - Adaptation et mise en scène de Sylvain Creuzevault

mardi 23 décembre 2025, par Sébastien Bourdon

Bordel à Queue

« Pétrole » est un manuscrit inachevé de Pier Paolo Pasolini, dont l’écriture fut interrompue par sa mort brutale le 2 novembre 1975.

Le livre est un enchevêtrement de fulgurances, réunies en notes éparses et numérotées dans le désordre, procédé repris par la mise en scène.

Il y a bien en fond un semblant de narration : raconter les circonstances troubles du décès de l’industriel Enrico Mattei, probablement mis en musique par son successeur à des fins de déstabilisation politique de l’Italie.

Évidemment, dans ce contexte, la pièce se révèle particulièrement complexe à la comprenette.

On pourrait résumer ce morceau de théâtre boursouflé de près de quatre heures comme ne manquant pas d’ambition, mais quand même d’un peu de modestie, ce qui l’aurait rendu probablement plus digeste.

À peine la pièce démarrée, qu’on se sent déjà comme sous acide à essayer de comprendre ce qui se trame et se dit sur la scène de l’Odéon.

Creuzevault ne manque de surcroît pas d’audace, la première partie étant pratiquement intégralement jouée à l’intérieur d’une cabane de chantier posée sur scène, ce qui s’y passe étant diffusé en noir et blanc sur un écran géant.

Monologues et dialogues s’enchaînent, donnant à l’exceptionnelle troupe l’occasion de nombreux moments de bravoure, pas toujours intelligibles au commun, mais intenses.

La deuxième partie, après un entracte où ce fut la guerre pour accéder au bar, est autrement plus sexuelle, Pasolini s’ouvrant très largement de ses fantasmes.

Beaucoup de bites en plastique, qu’on astique et suce, c’est selon, en racontant des histoires d’abandon à des sexes ouvriers dans des ruelles malfamées.

On continue néanmoins à sauter du coq-à-l’âne en évoquant, par exemple, les rapports troubles de l’Italie avec le monde arabo-musulman

Texte inachevé, pièce foutraque, finalement un spectacle où on ne s’ennuie pas, mais qu’on quitte quand même un peu soulagé.

Sébastien Bourdon