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« La Séparation » de Claude Simon - mise en scène Alain Françon - Les Bouffes Parisiens, le 31 décembre 2025
vendredi 2 janvier 2026, par
Scènes de la vie conjugale
La scène est coupée en deux en son centre, dans la largeur. Se jouxtent de part et d’autre de la cloison deux pièces avec cabinets de toilette. La décoration des lieux laisse à penser à la campagne, fruste mais coquette.
Dans ce décor, deux couples vont se déchirer, un fils et son épouse (Pierre-François Garel et Léa Drucker), et ses parents (Catherine Hiegel et Alain Libolt).
On démarre à gauche, les plus jeunes des protagonistes dialoguent sans chaleur ni répit, dissertant à propos de divers sujets sur un mode extrêmement littéraire.
Si tout n’est pas limpide dans ce long échange, on comprend que dans cette demeure il n’y a pas que ce ménage qui meurt, mais également une vieille femme, qu’on ne verra point et qui s’avère être la sœur du maître des lieux.
Une bonne sœur bossue (Catherine Ferran), comme surgie d’un film de Dario Argento, tiendra ponctuellement informés les personnages de l’inéluctable évolution de son état.
Cette première partie se révèle complexe à l’accroche, l’écriture plus romanesque que théâtrale empêchant d’adhérer pleinement à ce qui se passe.
Ce n’est que le surgissement à droite de la reine mère qui va tout à coup faire décoller la pièce. Catherine Hiegel, en vieille femme frustrée et pleine de rancœurs anciennes, est impériale. Il est vrai que le texte lui réserve de longs monologues qu’elle aborde avec une gourmandise de comédienne chevronnée.
Claude Simon - Prix Nobel de littérature 1985 - n’a écrit qu’une seule pièce de théâtre, celle-ci, et elle était un peu oubliée lorsqu’Alain Françon a décidé de l’exhumer. Indéniablement très écrite, au risque d’être datée, elle n’en est pas moins pleine de saillies drolatiques, assez inattendues au regard du style et du contexte.
Cet aspect comique a toutefois les défauts de ses qualités : ainsi alors que sous nos yeux une vieille femme ivre crie sa rage d’une vie enfuie, marquée par l’infidélité de son époux, les spectateurs rient bruyamment, bien au-dessus de ce que le texte sous-tendait.
Mais qu’importe, la troupe ne se laisse pas déborder par la salle et la pièce sur leurs épaules trouve sa voie comme son ton.
Sébastien Bourdon