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« L’amant de la Chine du Nord » - Marguerite Duras (1991)

vendredi 24 juillet 2026, par Sébastien Bourdon

In the Mood for Love

Cochinchine, à l’aube des années 30, une jeune française un peu à la marge, orpheline de père et vivant avec sa mère ruinée et ses deux frères (l’aîné violent, drogué et voleur, le second « atteint d’étrangeté »), fait la connaissance d’un chinois avec qui elle entretient une liaison amoureuse initiatique.

Marguerite Duras, pas franchement enthousiasmée par l’adaptation cinématographique esthétisante de son bouquin par Jean-Jacques Annaud, décide de réécrire « L’amant », son livre qui inspira le film suscité. L’exercice littéraire est original, surtout s’agissant de réécrire un Goncourt qui s’est vendu à 1,63 millions d’exemplaires, et se voudrait une expérience qui, justement, serait proche du langage cinématographique.

Rappelons que l’autrice sait de quoi elle cause avec cette histoire, puisque c’est de son expérience amoureuse qu’il est question.

Marguerite n’avait pas peur de l’expérimentation, en bouquins comme en images, parfois jusqu’à l’abscons (il reste loisible parfois d’en rire avec une certaine tendresse, quand bien même elle ne l’aurait pas prévu).

Ainsi des premières pages de l’ouvrage, qui pourraient donner envie de le lâcher, morceaux de phrases jetés sur la page, sans queue ni tête, comme un concert qui commencerait par une expérimentation free jazz.

Mais il y a là une manière d’auteur d’amener le lecteur à la matière du livre, à sa musique et à sa sensualité.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, transmettre l’atmosphère d’un temps, d’un lieu et d’un sentiment.

Le lecteur contemporain pourrait probablement trouver à redire sur la différence d’âge des protagonistes : Duras parle d’elle-même à la troisième personne, son personnage étant identifié comme « l’enfant », sans que cela ne heurte.

Se refusant à une complexité des phrases autre que musicale, usant de dialogues spontanés dans l’expression du délire amoureux, Marguerite tient sa plume : on se sent physiquement dans ce qui se passe et on en saisit les enjeux et les troubles.

« Il dit que son corps ne voulait plus de celle qui partait et qui laissait son corps à lui seul et pour toujours. Toujours. »

Sébastien Bourdon

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