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A quoi bon serpenter ?

dimanche 13 novembre 2022, par Sébastien Bourdon

Hasard de Youtube et des algorithmes, je suis tombé sur la chaîne d’un garçon nommé Jason Arnold, chasseur de serpents en Afrique du Sud. Mais le terme « chasseur » est impropre puisqu’il se qualifie de « handler », on est donc plus proche du « manieur » voire du « charmeur ».

L’homme n’a aucune allure particulière, teeshirt informe, jeans, baskets et lunettes de soleil si besoin. Il branche sa caméra, roule, et explique de sa voix douce en conduisant où il se rend et pourquoi. Une fois sur place, le plus souvent, ses interlocuteurs savent à peine ce qu’ils ont vu tant la bestiole s’est planquée vite, mais c’est la certitude du danger qui les a invariablement poussés à décrocher leur téléphone.

A coloniser des espaces sauvages de plus en plus restreints, les hommes se heurtent à la concurrence des bêtes, mais le fait de s’installer chez autrui, quitte à le massacrer n’a jamais franchement soucié l’humanité. Ceci posé, il y a des poches de résistance et personne n’a envie de croiser un mamba noir dans sa cuisine ou un boomslang niché sous la brouette dans l’abri de jardin.

Alors on fait venir Jason. Et il se pointe, souriant, détendu, parfois accompagné de sa petite fille, pour attraper calmement à mains nues des animaux pouvant régler le problème de votre présence sur Terre en à peine vingt minutes post morsure.

Aucune démonstration virile, des gestes précis, et avec ce qui ressemble même à de l’affection pour ces animaux effrayants, il s’en saisit, puis les glisse dans un sac de toile pour les relâcher ensuite plus loin, plus tard, dans des espaces encore vierges d’occupation humaine.

A regarder cela de manière un peu convulsive, on réalise la formidable symbolique qui s’en dégage et explique la potentielle fascination exercée par ces images au-delà même de la présence terrifiante de l’animal biblique : cet homme prend en charge sereinement des problèmes invasifs à la potentielle gravité phénoménale, les range tranquillement dans un sac auquel il fait un simple noeud, les emporte pour les libérer dans un espace où ils n’en sont plus (des problèmes).

Il devrait être avocat ce type.

Sébastien Bourdon

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