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Panique sur la Croisette, la suite
dimanche 24 mai 2026, par
Le 15 avril dernier, j’ai mécaniquement commenté une énième vidéo de Trump postée sur Instagram par un média d’information français. On s’efforçait de trouver une fois de plus comique des propos tenus par ce dernier, et de s’interroger sur sa santé mentale.
Mon propos était lapidaire, me contentant d’observer que les raisons de rire de ce personnage étaient inexistantes, et que l’atmosphère était plutôt au tragique et à l’angoissant. Près de cinq mille personnes ont « liké » mon commentaire, un vrai score d’influenceur.
À Cannes, l’acteur Sebastian Stan, qui interpréta Trump dans « The Apprentice » (2024), était interrogé sur ce qu’il pensait aujourd’hui du président américain.
Avant de répondre, il soupire, déclenchant des rires dans la salle, comme si on attendait de sa part une saillie drolatique.
Il coupe court à la poilade escomptée par un : « it’s just not a laughing matter, to be honest, it is not ».
Nous ne sommes pas seuls à avoir perdu l’envie de rire.
La Palme du tragique cette année revient quand même à Gilles Lellouche.
Ce dernier, à une question certes maladroite, mal tournée, sur ce qu’aurait pensé Jean Moulin (qu’il incarne dans un film présenté au festival) de la montée du RN en France et de la proximité du programme de la FI avec celui du CNR, répond : « Elle n’est pas un tout petit peu orientée votre question, non ? Je n’ai pas de réponse à ça, monsieur. »
Le réalisateur du film, László Nemes, esquive également, se contentant d’affirmer qu’il n’est pas dans son rôle de « commenter la politique française ».
Et à quoi sert l’art alors ? À distraire les masses pendant qu’on accélère la cadence dans les usines d’armement ?
En mai 68, une fronde de réalisateurs (Truffaut, Godard, Malle etc.) va finir par faire annuler le festival de Cannes, ces derniers considérant qu’il n’était pas admissible de persister à parader en robe du soir et smoking quand Paris flambait.
Si elle avait été présente à l’époque, l’équipe de ce biopic sur Jean Moulin aurait probablement préféré finir sa coupette et profiter de la chambre offerte au Majestic le plus longtemps possible.
Sébastien Bourdon