Accueil > Francais > Littérature > Corpus Sana
Corpus Sana
samedi 15 août 2026, par
La croissanterie qui jouxte le supermarché ne donne pas d’informations sur le prix de ses boissons, si ce n’est qu’extraites du réfrigérateur, elles vous seront facturées à un tarif plus élevé. La surtaxe du froid, un surcoût de l’époque.
À la plage, il y a des physiques triomphants, ceux que le manque de tissu ne dessert pas, voire contribue à la plénitude écrasante.
Il y a avec l’été cette idée de l’oubli du corps, ou du moins la conviction qu’avec le temps libre - qui comme le reste nous est compté - ce dernier devrait se rendre plus docile, se conformer à une forme de devoir hédoniste. Tiens toi sage oh enveloppe physique, ne gâche rien de notre joie avec de misérables petites douleurs.
Las, des moustiques à la foulure, au coup de soleil en passant par l’intoxication alimentaire, cette dernière se cabre et n’accepte pas si facilement d’être soumise à des literies moins confortables, des régimes alimentaires discutables et à une exposition lumineuse inhabituelle.
« Quelque brigand que nous rencontrions sur une route, peut-être pourrons-nous arriver à le rendre sensible à son intérêt personnel sinon à notre malheur. Mais demander pitié à notre corps, c’est discourir devant une pieuvre, pour qui nos paroles ne peuvent pas avoir plus de sens que le bruit de l’eau, et avec laquelle nous serions épouvantés d’être condamnés à vivre. » (Proust - « La Recherche du Temps Perdu »).
Sébastien Bourdon