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« Des Bleus à l’âme » - Françoise Sagan (1972)

dimanche 9 août 2026, par Sébastien Bourdon

Scrivere per amore

Avec cet ouvrage, Françoise Sagan se livre à une audacieuse acrobatie littéraire : elle y mélange le roman et l’essai.

L’exercice se révèle d’autant plus admirable qu’elle retombe invariablement gracieusement sur ses pieds, la tentative stylistique ne nuisant ni à l’équilibre du bouquin, ni au plaisir du lecteur.

Elle ouvre ainsi le premier chapitre par sa propre voix et les réflexions qu’elle se fait à l’idée de reprendre, sur un mode romanesque, des personnages qu’elle a développé dix ans auparavant pour le théâtre (« Un Château en Suède »).

Rappelant avoir souvent été critiquée pour ses invariables descriptions d’un monde parisien privilégié et frivole, elle décide de se moquer comme d’une guigne de ce que ses deux personnages, Éléonore et Sébastien (sœur et frère aux origines nordiques), en soient l’archétype : fauchés comme les blés, mais parasites glamours, ils hantent de leur irresponsabilité séduisante les beaux appartements de la capitale.

L’auteure s’interrompt régulièrement dans sa narration, coupant soudainement le développement de l’intrigue pour évoquer ses méthodes de travail, ses inquiétudes, son goût pour la paresse et parler de l’argent qui ne devrait jamais qu’être jeté joyeusement par les fenêtres (« quand quelqu’un passe dessous de préférence  »).

Les aventures de ses protagonistes sont ainsi évoquées avec un recul critique, parfois carrément mises de côté, évoquant irrésistiblement un classique du bonus de DVD : le commentaire du réalisateur sur son film, scène par scène, avec force anecdotes et digressions.

Cette lecture un peu hachée se révèle au final proprement réjouissante tant l’on retrouve invariablement, et avec délices, l’intelligence, l’humour et la gaieté de Sagan toujours prodigieusement sagace.

« Il pensait que l’amour, le noir amour, n’avait aucun rapport avec Miss France, mais bien plutôt avec Gilles de Rais, Henri VIII, Baudelaire et sa lourde mulâtresse ».

Sébastien Bourdon

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