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Live after Death

mercredi 16 février 2011, par Sébastien Bourdon

Le vendredi soir, il me plaît d’acheter des bande-dessinées et des fleurs, c’est sur mon chemin de cycliste et cela marque symboliquement le début du week-end. Chacun sait que le meilleur moment dans le week-end, c’est le vendredi soir.

Arrivé chez le fleuriste, je constate, comme à chaque fois, que toute la clientèle semble trouver de bon ton de tutoyer invariablement ce garçon. L’attente à la caisse, rendue déjà douloureuse par la techno afro-cubaine sortie des enceintes, est insoutenable à l’écoute des conversations de ces gens qui ont l’air de se trouver super cools parce qu’ils tutoient le fleuriste. Absorbé dans mes pensées, je me suis demandé s’il y avait des commerçants que je tutoyais. J’en ai trouvé deux : le pharmacien et le libraire. Je ne peux pas dire que cette constatation m’ait appris grand-chose sur moi-même.

Sinon, d’aucuns auront pu le remarquer, on sent comme un changement dans le climat, pas moins d’humidité, mais quelque chose d’indéfinissable qui nous rapproche des « beaux jours » (oh !). Bref, c’est la saison où par miracle, les filles reprennent possession de la rue, comme sorties du nid hivernal. C’est un tout autre versant de la féminité qui nous était donné à voir au ciné-club avec la projection de « Wanda » de Barbara Loden (1971). Film fauché, mais fort de son interprétation, sa photographie et du désespoir instillé de son auteur-interprète. Notre intervenante disait que si Marylin Monroe avait réalisé un film, ce serait celui-là, et cela m’a semblé très juste.

Film ignoré aux Etats-Unis à sa sortie, avec un petit succès en Europe, il faillit ne pas survivre à la disparition prématurée de sa réalisatrice. Mais grâce à une cohorte d’admirateurs, il resurgit régulièrement, en salles, mais également en DVD (chez MK2).

Une femme dépourvue de toute énergie vitale abandonne tout – c’est-à-dire pas grand-chose, mais ses enfants quand même - et entame une errance sur les routes, mue par un insondable désir d’exister, comme flottante dans le bain de ses incapacités. Elle nous apparaît comme un spectre, un mort-vivant, absente aux autres comme à elle-même (« tu n’es même pas une citoyenne américaine » lui déclare l’un des personnages). Difficile de ne pas y voir une allégorie de l’actrice à la recherche du metteur en scène qui la fera s’incarner, et ce d’autant que Barbara Loden fut longtemps l’épouse d’Elia Kazan (qui qualifia son film de « masterpiece »). Une certaine fatigue m’a sans doute empêché de rentrer complètement dans ce beau film triste, mais les éclairages apportés après la séance ont donné toute sa richesse à la soirée.

J’ai fait une fois une infidélité à Eastwood, chose suffisamment rare pour la souligner, au moment du film « Invictus » (2009). Le film m’avait l’air trop propre avec plein de beaux sentiments, et surtout avec beaucoup de sport (du rugby !). En revanche, nous avons répondu à l’appel des ténèbres pour aller voir « Au-delà » (« Hereafter », le titre anglais est plus juste, il ne s’agit pas d’aller ailleurs mais de voir comment ça se passe vu d’ici, après.). Et, une fois encore, il faut bien s’incliner devant l’exceptionnel talent d’Eastwood, même si le film est lent et pas forcément fait pour être aimé. De toute façon, il y a belle lurette que Clint se fout de notre avis.

Il sait tout faire, et le prouve dans un film où peuvent se succéder un tsunami, une scène érotico-comique durant un cours de cuisine et le drame poignant d’une junkie qui perd un enfant. A chacun de ces moments, le modeste spectateur ressent tout ce qui se passe sur l’écran, du désir, à la peur de mourir.

Comme souvent, le sujet abordé ne passionne pas forcément Eastwood et il ne tente ainsi pas de nous vendre à l’américaine l’espoir factice d’une vie après la mort ou une spiritualité de pacotille. Simplement, il nous rappelle les douloureuses interrogations qui surgissent lorsque la faucheuse nous frôle ou nous étreint, sans crier gare. Sur ce sujet, l’homme occidental du XXIème siècle n’est pas plus avancé que ses ancêtres, et internet n’y changera rien. On sait que l’on naît, que l’on vit, que l’on aime et que l’on meurt, et puis après, nous sommes bien avancés n’est-ce pas.

Le film nous narre le parcours de trois personnages - un homme, une femme, un enfant – sur divers continents, confrontés à la mort, de manière habituelle ou brusque, la sienne propre comme celle des autres. Le personnage joué par Matt Damon (remarquable de sobriété), est même porteur d’un don, celui d’entrer en contact avec les défunts, mais qu’il vit comme une malédiction dont il voudrait se débarrasser (à l’instar de Sookie Stackhouse dans la série « True Blood » qui souhaiterait se défaire de sa capacité à lire dans les pensées d’autrui). Il est vrai que, de ce don, il ne tire que de la cendre et surtout, contrairement à ce que croient ceux qui viennent le voir, il n’en sait pas plus que les autres sur cet « ici et après ».

J’ai entendu certains critiques français s’enthousiasmer sur le film, tout en trouvant la partie française peu crédible. Développons un peu. L’héroïne parisienne est journaliste (Cécile de France, très juste). Plus précisément, elle exerce ses talents dans une émission télévisée d’investigation et sa notoriété fait qu’elle pose également pour les campagnes publicitaires du Blackberry. Enfin, elle voudrait écrire le livre ultime sur Mitterrand, sujet pourtant éculé s’il en est. J’ai a contrario trouvé que c’était on ne peut plus lucide sur la vacuité d’une certaine forme contemporaine de journalisme, télévisuel en particulier, et que, trop proches de ce système, les critiques ont justement pu passer à côté d’une représentation cruelle de l’univers dans lequel ils évoluent. Le décrochement des élites face à la réalité, sujet tendance s’il en est. Clint est définitivement très fort.

Enfin, plus modestement, virée familiale et joyeuse pour en prendre plein les mirettes avec le charmant Green Hornet de Michel Gondry. Pas une once de prétention, des héros qui n’aspirent qu’à une chose, décoller du sol, ce qui donne un film en apesanteur, avec de la poésie délicieusement surannée en plus.

Sébastien

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