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La raison de vivre

« Nous ne Vieillirons pas Ensemble » de Maurice Pialat (1972)

jeudi 25 juillet 2013, par Sébastien Bourdon

La très belle réédition en DVD/Blu-ray du film de Maurice Pialat dont il va être ici question se doit d’être acquise, vue et revue, c’est un chef d’œuvre qui n’a pas pris une ride.

Le postulat de l’œuvre n’est certes pas révolutionnaire, filmer l’agonie de l’amour, celui qui liait depuis des années un homme, non pas à sa femme (Macha Méril), mais à sa maîtresse (Marlène Jobert). Faire ainsi le portrait d’un type somme toute assez antipathique, un peu rustre et brutal, pourtant étonnamment attachant (Jean Yanne).

Pour les gens nés dans les années 70 (plutôt au début desdites années), l’on redécouvre avec une certaine joie, empreinte d’une inévitable nostalgie, la France qui nous a vu naître, Paris, sa banlieue, jusqu’à Marseille. Les jupes étaient absurdement courtes, les voitures ressemblaient à quelque chose et la capitale, somme toute, n’a pas beaucoup changé (Paris sera toujours Paris n’est-ce pas).

Pialat s’acharne à livrer un portrait presque clinique de cette désunion en devenir. Le film s’ouvre sur un couple au lit, assez paisible, mais l’on sent bien que la passion des premiers jours est morte, que le cœur n’y est plus. Chacun des personnages va faire crescendo l’expérience de cette cruelle réalité. L’inévitable violence latente née de cette situation surgit régulièrement, dans les mots comme dans les gestes. Elle assez effrayante, car ne dépassant finalement pas tant que cela les limites de l’acceptable, et de ce fait terriblement crédible.

Dans l’apaisement comme dans la tempête, tout sonne juste, il est difficile de ne pas se retrouver dans les sentiments des protagonistes. Passé un certain âge, nous avons forcément tous connu ces errements et tourments.

Au cours d’une scène miraculeuse, dans un film qui en compte beaucoup, Marlène Jobert est longuement filmée se baignant dans l’océan. Avec le regard de quelqu’un qui souffre de ne pas savoir profiter de la beauté du monde au moment où elle surgit mais qui la fixe sur pellicule pour n’en rien perdre. Une douleur aussi belle qu’insupportable.

Maurice Pialat avait du mal avec la vie, mais il la filmait admirablement bien, ceci pouvant, peut-être, expliquer cela.

Sébastien Bourdon

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