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La raison de vivre

« Nous ne Vieillirons pas Ensemble » de Maurice Pialat (1972)

jeudi 25 juillet 2013, par Sébastien Bourdon

Le visionnage de « La Guerre des Polices » (de Robin Davis – 1979), à la télévision, encore enfant, a provoqué deux chocs importants dans l’idée même que je me faisais du cinéma (et donc de la vie). A la fin, ça se termine mal, et au début, Marlène Jobert est nue sous sa douche. Notre existence serait donc ainsi faite : l’on espère des jolies filles toutes nues, tout en redoutant la mort (qui de toute façon viendra, alors que les jolies filles…).

La très belle réédition en Blu-ray du film de Maurice Pialat dont il va être ici question se doit d’être acquise, vue et revue, et en ce qui me concerne, m’a surtout permis de le voir enfin. Je m’en faisais toute une affaire et j’avais raison. C’est un chef d’œuvre, qui n’a pas pris une ride (je déteste employer des expressions toutes faites, mais là, je manque de temps pour la créativité, j’ai du boulot à finir et un avion à prendre).

Le postulat de l’œuvre est révolutionnaire, filmer l’agonie de l’amour, celui qui liait depuis des années un homme, non pas à sa femme (Macha Méril), mais à sa maîtresse (Marlène Jobert). Faire ainsi le portrait d’un type somme toute assez antipathique, un peu rustre et brutal, pourtant étonnamment attachant (Jean Yanne). Pour les gens nés dans les années 70 (plutôt au début desdites années), l’on redécouvre avec une certaine joie, empreinte d’une inévitable nostalgie, la France qui nous a vu naître, Paris, sa banlieue, jusqu’à Marseille. Je note notamment que les jupes étaient très courtes, que les voitures ressemblaient à quelque chose et que la capitale, somme toute, n’a pas beaucoup changé (Paris sera toujours Paris).

Pialat s’acharne à livrer un portrait presque clinique de cette désunion en devenir. Le film s’ouvre sur une scène de couple assez calme, mais l’on pressent déjà bien que la passion des premiers jours est morte. Surtout le propos du cinéaste est on ne peut plus fondé, « fuis l’amour, il te suit, suis l’amour, il te fuit », chacun des personnages faisant à son tour l’expérience de cette cruelle réalité. L’inévitable violence latente née de cette situation surgit régulièrement, dans les mots comme dans les gestes. Elle assez effrayante, car ne dépassant finalement pas tant que cela les limites de l’acceptable, et de ce fait terriblement crédible.

Dans l’apaisement comme dans la tempête, tout sonne juste, il est difficile de ne pas se retrouver dans les sentiments des protagonistes. Passé un certain âge, nous avons forcément tous connu ces errements et tourments. Ma dulcinée m’a dit à un moment, « ça, j’aurais pu te le dire, c’est tout toi » (je vous épargne de quoi il retourne, ma vie de couple doit rester un peu en dehors de ces modestes lignes).

Sinon, à un moment, Marlène Jobert est longuement filmée en maillot de bain, et avec une tendresse infinie. Avec le regard de quelqu’un qui souffre de ne pas savoir profiter de la beauté du monde au moment où elle surgit mais qui la fixe sur pellicule pour n’en rien perdre. Une douleur aussi belle qu’insupportable.

L’on sait que ça finira mal, en tout cas tristement, pourtant je n’ai pu retenir des larmes silencieuses à la fin du film, cette dernière étant stupéfiante de beauté. Maurice Pialat avait du mal avec la vie, mais il la filmait admirablement bien, ceci pouvant, peut-être, expliquer cela.

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