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Killer of Sheep

vendredi 15 janvier 2010, par Sébastien Bourdon

Une fois n’est pas coutume, la séance de ciné-club mensuelle était fort bien remplie et en plus je me suis trouvé un copain pour y aller avec moi, tout juste descendu de son cheval.

Il est vrai que le film Killer of Sheep (1977) de Charles Burnett était intriguant à en lire le peu d’informations dont nous disposions. Film de bout de ficelle, réalisé le week-end avec des acteurs non-professionnels. Il s’agit en fait d’une errance dans le ghetto de Watts à Los Angeles à la fin des années 70, au cœur d’une communauté noire flirtant avec la pauvreté et la déprime. La violence que l’on imagine immédiatement est latente, mais jamais montrée, à part peut-être dans les jeux parfois brutaux des enfants, comme des prémices aux émeutes qui ensanglanteront en 1992 ce même quartier après l’acquittement des policiers accusés d’avoir tabassé Rodney King.

Mais ce n’est pas le sujet, le réalisateur se refuse à faire un film politique évident, le défi est d’abord esthétique, filmer la communauté noire (les blancs sont pratiquement inexistants à l’image), telle qu’elle est, ouvrière et bien trop engluée dans une misère toujours possible pour avoir le temps d’imaginer même un engagement militant. Le héros est à l’image de cette intention : dépressif, voulant changer de vie mais essayant en réalité à peine, se contentant tout juste d’y aspirer, mais comme conscient de ce que, à cet étage, l’ascenseur social est en panne.

Burnett refuse tout cliché sur sa communauté, ses « niggers » ne s’intéressent pas à l’Afrique, à peine à l’Eglise et le héros, à mille lieux des lourdes symboliques des films de la Blaxploitation, se refuse même systématiquement aux avances brûlantes de son épouse (très belle scène de danse). Ainsi, ce pauvre Stan, à moitié nu pendant tout le long du film, expose un corps musclé et noueux, mais sur lequel est posé une tête de Droopy quasi inexpressif, à mille lieux d’incarner le moindre danger sexuel, au grand dam de son épouse.

Le film, assez aride quand même, n’utilise pas d’effets scénaristiques, pas de suspens, aucune action brutale, pas de climax. Filmé avec les moyens du bord, avec parfois des plans d’une beauté à couper le souffle, on nous donne à voir, à nous de penser éventuellement.

La lumière vient du ciel et de la musique, utilisée comme une « histoire auditive de la musique populaire afro-américaine ». Il y a ainsi des scènes magnifiques, notamment celle d’une petite fille chantant le disque de soul qu’elle est en train d’écouter dans sa chambre.

C’est quand même et évidemment, un film sur l’éternelle malédiction de la classe ouvrière, la couleur des protagonistes important peu. Toute tentative de fuite est vouée à l’échec, jusqu’à l’absurde et même au comique. Symboliquement, le travail à l’abattoir qui revient plusieurs fois dans le film est filmé à l’envers, on commence par le nettoyage des lieux à la fin de la journée pour terminer à l’arrivée des bêtes conduites à la mort le matin. Non seulement on n’avance pas, mais pire on recule.

Il paraît que les américains ont un Président noir de nos jours, cela se serait-il amélioré ?

Sébastien

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