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Incasable

« Frances Ha » de Noah Baumbach

vendredi 5 juillet 2013, par Sébastien Bourdon

Le film débute par de multiples saynètes nous présentant deux jeunes femmes pour le moins joyeusement agitées, filmées dans un délicat noir et blanc, accompagnées par une musique d’un goût exquis. Je le savais, des années passées à chercher la lumière sur les écrans ne me trompent pas dans mes choix instinctifs, il fallait voir ce film.

Greta Gerwig, je l’avais découverte dans le précédent film du même auteur, « Greenberg » (2010). Si l’œuvre m’avait un peu déçu (nettement moins bien que son merveilleux « Les Berkman se Séparent » - 2005), j’avais déjà été extrêmement charmé par sa présence à la fois gauche et lumineuse. Elle y interprétait un personnage touchant de fille un peu paumée, vivant à côté de son existence, comme encombrée d’elle-même.

Ce personnage constitue clairement le brouillon de celui développé dans « Frances Ha ». L’actrice a d’ailleurs coécrit le film avec le réalisateur, garçon qui partage aussi ses jours et ses nuits. Il faut de toutes façons être amoureux pour filmer aussi bien une femme. Le film adopte à la lettre la maxime truffaldienne, « le cinéma, c’est faire faire de jolies choses à de jolies femmes ».

Comme évoqué, le film nous fait entrer dans un univers féminin, drôle et maladroit, comme celui de son héroïne, qui n’aurait rien contre grandir, mais qui ne sait pas trop comment faire. Agée de 27 ans, elle ignore même si ce ne serait pas déjà vieux, et semble du coup n’avoir jamais le même âge selon les plans.

Frances voudrait danser, mais la propre chorégraphie de son existence est chaotique. Ses intentions, ses gestes, et même ses propos sont souvent incohérents, elle s’en rend compte, mais peine à trouver l’issue. En réalité, ce désordre finalement toujours gracieux est comme la métaphore de ses rêves, une danse éperdue à la beauté indiscutable.

Toujours fauchée, elle ne trouve pas de jobs décents, se heurte à des chagrins d’amitié, ne trouve pas l’amour, la vie n’est pas facile et tout semble toujours trop tard dans la ville qui ne dort jamais. Pour faire face, elle court, elle danse, elle parle (beaucoup).

Pour filmer tout cela, l’auteur se refuse au cynisme comme à l’excès de sucre et, naviguant entre New York, Sacramento et Paris, réussit même l’exploit d’éviter à son film d’être un monument édifié à la sous-culture hipster. Le film trouve toujours un ton juste, à l’image de son héroïne, qui ne sait comment organiser son existence, mais qui se refuse pour autant à la ranger dans une boîte uniformisée.

Le cinéma indépendant américain, calibré par le festival Sundance, n’est donc pas tout à fait mort et ce petit bijou de délicatesse et d’intelligence est à ce jour le meilleur film que j’ai pu voir en 2013.

Sébastien

P.S. la musique du film est d’un goût très sûr et pour cause, quand elle n’a pas été composée par Sarah Matarazzo (j’ignore de qui il s’agit), elle a été soigneusement sélectionnée par Georges Drakoulias, exerçant ici les fonctions de superviseur musical, garçon qui a surtout produit deux des meilleurs disques de tous les temps : « The Southern Harmony and Musical Companion » des Black Crowes et « Hollywood Town Hall » des Jayhawks (quelle année 1992, tout de même ).

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