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Gris est ma couleur de peau

« White Material » de Claire Denis

mardi 20 avril 2010, par Sébastien Bourdon

Même par le petit bout de la lorgnette, le film est extrêmement juste. Ainsi, dans ces endroits de nulle part que l’on trouve en Afrique, il y a une chose qui compte, c’est le bidon d’essence. Le peu qui fonctionne ne tient que grâce à ça. Et Claire Denis, sans que cela se voit, sans que cela semble influer sur l’histoire, montre souvent et discrètement cette réalité pragmatique. Elle connaît ce qu’elle filme, la chose est certaine.

Pour le reste, le film est parfaitement brutal et éthéré (ou l’inverse), ce qui fait qu’il laisse une impression tenace, faite d’effroi et de rêve cotonneux. L’Afrique, pays lymphatique et violent, voilà ce qui nous est donné à voir. L’énergie de la petite blanche ne change rien à la sauvagerie qui vient, qui est déjà là.

C’est évidemment un peu abscons, la faute à un montage se défiant de la chronologie, mais on ne peine pas tant que ça à recoller les morceaux de l’histoire. S’y ajoute une narration parfois elliptique des évènements qui peut également dérouter. Mais c’est d’une beauté sidérante. Cette manière de regarder les gens, de leur donner une profondeur rien qu’en filmant leur nuque est extrêmement impressionnante.

Huppert, qu’on imagine toujours arpentant les rues du 5ème arrondissement, campe avec une crédibilité sidérante une femme qui a travaillé la terre de ses mains et qui a commandé avec vigueur des ouvriers agricoles toute sa vie. Perdue dans son propre mouvement, elle exaspère comme elle émeut, petit animal entêté qu’elle est. Elle est, comme le film, incroyablement belle. Dans un bus, éclairée de côté par un soleil couchant qui n’existe que là-bas, on la contemple avec délectation, perdue dans une réflexion douloureuse qui nous imprègne immédiatement.

Beau film, mais exigeant avec ses spectateurs.

Sinon, rien à voir, j’ai commencé à regarder « Shine a light », le concert des Rolling Stones filmé par Martin Scorcese en 2006. J’en ai parfois tiré l’impression pénible d’un spectacle bourgeois avec un public VIP qui ne connaît sûrement pas « Loving Cup » (massacrée par Jack White) ou « All Down the Line ». Ca a le don de m’exaspérer, et il ne faut pas désespérer Billancourt.

Peu de cinéma, Scorcese n’a vraiment plus grand-chose à dire et est en tout cas incapable de refaire « The Last Waltz » - mais encore de la musique et quelques extraits d’archives amusants à défaut d’être passionnants. Ainsi, cet extrait d’une émission d’Ardisson dans laquelle ce dernier demande à Keith Richards : « comment vous sentez-vous au moment de monter sur scène devant 100.000 personnes ? » Keith : « je me réveille ». Je me souviens encore avoir vu cette interview chez mes grands-parents à Strasbourg, au moment de la tournée « Steel Wheels » (1989/1990), j’étais en pleine obsession Stones à l’époque. Je leur avais trouvé, à juste titre, une classe folle.

Le nouveau bassiste, Darryl Jones, envoie gravement le bois, dommage qu’on le filme si peu. Ca swingue, ça pulse, le mec est parfait. Je ne suis pas sûr que, sans l’image, les spectateurs réalisent complètement son apport à ce vieil orchestre.

Pour l’instant, je note deux versions sublimes : celles de « She was hot » et de « Some Girls » ou Jagger himself cisaille gravement le riff principal lui donnant un allant que je ne lui connaissais pas.

A suivre, peut-être.

Sébastien

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