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Salvador Dali à Domicile
mardi 25 août 2026, par
« C’est en me prenant pour un génie que j’en suis devenu un », ainsi énonçait Salvador Dali sa méthode - Coué - sur les ondes radiophoniques françaises en 1953.
On ne saurait blâmer qui que ce soit de réduire l’artiste à une caricature de lui-même, surtout s’il s’y est employé toute son existence, sans doute par goût du lucre obsessionnel et assumé (André Breton fit observer que l’anagramme de son nom donnait « Avida Dollars ») et narcissisme échevelé.
Le personnage public a-t-il avec le temps mangé le peintre, ce n’est pas exclu, en tout cas pour la masse. Mais cette figure médiatique gonflée de fatuité n’était elle pas elle aussi figure artistique ? Le génie n’était-il pas là aussi, dans cette représentation théâtralisée publique de soi ?
Quentin Dupieux a su parfaitement synthétiser cette dichotomie avec son film « Daaaaaali » (2023) : une attitude en société aux allures de délire, mais une existence en réalité consacrée à l’art sous toutes ses formes, tout pouvant faire source ou matière à un flux créatif continu. Maitrise de la pensée, de la connaissance et du geste, la méthode « paranoïa-critique » bousculant le classicisme comme le surréalisme, le pompiérisme n’étant surtout pas un maniérisme.
Si on creuse le personnage Dali, on voit qu’un cinéaste aussi travaillé par l’absurde et la mort que Dupieux avait trouvé en lui une figure ne pouvant que nourrir sa filmographie. La justesse dans l’esquisse du film précité se trouve aussi dans un pas de côté mélancolique, tempérant la drôlerie et la peur.
Pour approcher au plus près du peintre comme du personnage, la visite de l’ensemble des sites à lui consacrés (par lui-même !) dans sa région d’origine s’impose : sa maison natale, son théâtre-musée - tous deux à Figueres - son domicile au bord de l’eau à Portlligat et enfin, le château de son épouse Gala à Púbol (qui fut ensuite l’ultime demeure du maître).
Rien n’est en ces lieux laissé au hasard : chaque pièce, chaque assemblage de peintures et d’objets, l’organisation de l’espace, tout est ici le fruit d’une construction mentale complexe et élaborée.
Et pourtant, partout le regard est happé comme dans un songe sidérant, l’espace alentour prenant les atours d’un rêve, où se mêle l’émerveillement et la possibilité de l’effroi (rien de surprenant au fait qu’Hitchcock ait eu recours à ses services pour la scène du songe dans « La Maison du Docteur Edwardes » - 1945).
En ces lieux comme dans la tête de Dali, tout se télescope, la peinture classique et la publicité, la vie végétale et animale avec la production industrielle, la profusion de couleurs et le plus profond dépouillement, le petit et le grand : la vie et la mort, partout, sans cesse, tout le temps.
Le génie de Dali n’était pas seulement dans les détails, mais dans le tout. Artiste total, ayant décidé que sa vie ne serait pas autre chose que l’expression continue de sa créativité, il s’y est attelé avec un succès non usurpé (son musée est un théâtre, comme sa vie, déclarait-il).
Il ne faudrait pas oublier l’amour, celui qu’il porta à sa muse son existence durant. Dire à quelqu’un qu’on l’aime comme Dali aimât Gala, c’est probablement une sacrée déclaration.
Sébastien Bourdon