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« Santiago, Italia » de Nanni Moretti

dimanche 24 mars 2019, par Sébastien Bourdon

Io non sono imparziale

Dans son dernier film Nanni Moretti s’intéresse au réel et à l’histoire, s’agissant d’un documentaire. S’il a pu se livrer dans le passé à un tel exercice (« Aprile » 1998), il se fait cette fois inhabituellement discret face à la caméra. On ne compte ainsi que deux apparitions de l’auteur à l’image. Cette quasi absence physique ne l’efface pas, loin de là, et on retrouve bien, mais derrière la caméra, le ton du cinéaste italien contemporain le plus célèbre.

Cette évocation historique est ainsi forte de convictions et teintée d’une colère mélancolique.

En donnant la parole à des témoins et protagonistes, le réalisateur raconte le coup d’état de Pinochet en 1973 et comment divers soutiens actifs d’Allende ont trouvé dans l’Italie un refuge.

Rappelons que le palais présidentiel fut bombardé par l’armée et qu’une fois le Président élu Allende sorti de la Moneda les pieds devant, se déchaîna ensuite une implacable répression militaire. C’est dans ce contexte de terreur et de violence que l’ambassade italienne à Santiago va accueillir des centaines de militants de gauche fuyant la junte militaire. D’autres assumeront aussi cette responsabilité, mais l’Italie sera la seule représentation internationale locale à le faire aussi longtemps.

Et c’est ainsi que s’est perpétuée après le coup d’état, dans une atmosphère bohème mais inquiète, un Chili idéal à l’abri dans une petite Italie symbolique.

Entassés dans ce havre de paix, mais toujours menacés, nos chiliens ont finalement été emmenés dans une Italie ouverte et généreuse de laquelle ils ont fini par faire leur terre d’adoption.

On pourrait écouter des heures durant ces femmes et ces hommes, livrant des souvenirs aussi terrifiants qu’émouvants, parfois même drôles et nostalgiques.

Ne s’attachant pas nécessairement aux dates ou à un exposé précis de l’histoire, et en alternant rares images d’archives et entretiens avec les protagonistes de l’époque, Moretti livre un exposé de ses propres convictions, probablement inchangées depuis le début des années 70.

Questionneur brillant et humaniste, Moretti interroge aussi le contemporain, dessinant même en creux, mais peut-être un peu hâtivement, un portrait de l’Italie contemporaine.

Il en ressort que si Moretti n’a peut-être pas perdu la foi, il est légitimement assez inquiet.

Sébastien Bourdon

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