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Sans Peur et Sans Reproche

"Gimme Danger" de Jim Jarmusch

mercredi 1er mars 2017, par Sébastien Bourdon

"Gimme Danger" de Jim Jarmusch

Dans le dernier film en date de Jim Jarmusch, "Patterson", se pose la question d’épingler au mur du bar un article sur Iggy Pop le qualifiant d’homme "le plus sexy du monde".

J’ai pour ma part un rapport moins idolâtre que le cinéaste avec le leader des Stooges (et je ne lis pas les Inrockuptibles qui considèrent que ce groupe a produit le seul heavy metal "audible"). On ne niera pas l’immense apport des Stooges au grand cirque du rock n’ roll, mais il nous est arrivé de trouver Iggy Pop un peu grotesque et de ne pas avoir une fascination excessive pour ce groupe. Il y a de bons titres, mais ça ne joue quand même pas très bien, si l’on excepte l’intensité sonore.

Toutefois, pour Jim Jarmusch, il s’agit du plus grand groupe du monde et c’est sur ce postulat qu’il a décidé d’y consacrer un documentaire. Iggy Pop y est l’essentiel intervenant (lui qui fut également deux fois acteur pour Jarmusch), même si apparaissent régulièrement les autres musiciens. On leur trouve mauvaise mine ? Logique, ils sont depuis presque tous morts. Seul l’iguane, fin et drôle, reste flamboyant, gardant l’allure d’un enfant sauvage au sourire carnassier.

Riche de nombreuses images d’archive, le documentaire suit la chronologie destroy de nos punks avant l’heure, gouapes à l’énergie noire suffisante pour enterrer les sixties et les illusions de l’amour libre.

Le problème est peut-être que Jarmusch aime trop les Stooges et, en fan béat, tire bizarrement de leur furieuse aventure quelque chose d’un peu timide et sage.

Il est vrai que l’histoire se prête à une réalisation traditionnelle tant le parcours est presque prévisible. Des enfants de prolétaires hébergés dans des trailer parks qui trouvent dans la cacophonie des usines le son d’un nouveau rock n’ roll. Succès puis déglingue, carrières solos et retrouvailles, tous les éléments sont réunis pour une belle histoire comme l’Amérique les aime, même chez ses rejetons maudits.

Heureusement qu’ils meurent ensuite presque tous, sinon on se serait cru à Vegas plutôt qu’à Detroit. Pour l’anecdote morbide, le batteur Scott Asheton est décédé des suites d’une crise cardiaque postérieure à la prestation des Stooges au Hellfest (j’y étais).

Évidemment, et comme souvent, ce qui manque, c’est un peu plus de musique. Les morceaux, emblématiques ou pas, ne sont joués que par bribes frustrantes, quand il faudrait en entendre plus et de préférence joués fort ("Search and Destroy", "I Wanna be your Dog", "Dirt"...).

Ceci posé, autant de rock n’ roll sur grand écran, ce n’est pas si fréquent, alors on ne va tout de même pas se plaindre. Et puis on transpire moins qu’au concert, tout en restant assis sans honte.

Sébastien

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