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Les Faubourgs du Caire

"Le Caire Confidentiel" de Tarik Saleh

dimanche 9 juillet 2017, par Sébastien Bourdon

"Le Caire Confidentiel" de Tarik Saleh

Tout augmente, vous avez vu le prix des billets d’avion ? Pour assouvir la soif légitime de découvertes, la salle de cinéma offre un compromis exotique (et climatisé) à un tarif raisonnable. Envie d’Egypte, vous voilà au Caire, avec même la possibilité de voyager dans le temps (en sus de l’espace).

Au mois de janvier 2011, dans une ville où la corruption relève de la normalité, un inspecteur de police un peu perdu depuis la mort de sa femme (Fares Fares, une sacrée trogne) se prend d’une envie subite d’arrêter le meurtrier d’une ravissante chanteuse. Il va très vite de soi que cet assassin qui court toujours est en lien plus ou moins direct avec les puissants de ce monde et que l’enquête amènera tout ce qu’il faut comme emmerdements à notre policier dépressif (mais énergique). D’autant que tout autour, la révolution gronde.

Sur ce canevas de film noir extrêmement classique, on croirait du James Ellroy (jusqu’au titre du film), c’est la description d’un pays et d’une ville au bord d’une rupture historique qui nous est faite. Tel John Ford, Tarik Saleh se penche sur la fin d’un monde, juste avant le basculement.

Ce qui s’apprête à disparaître n’est pas bien joli, la corruption endémique envahissant toute l’Egypte, jusqu’aux âmes, il semble même qu’aucun rapport humain ne soit pas corrodé par l’appât du gain.

Notre flic pas moins pourri que les autres, mais pas plus, cynique et désespéré, se prend soudainement d’une envie de justice et, contre toute la logique mafieuse du système, et décide que les coupables doivent être punis.

Cette ténébreuse affaire, par les hasards du sang et de l’argent, implique aussi bien les puissants que les misérables, du député proche de Moubarak à la femme de ménage soudanaise.

Loin de vouloir cantonner cette gangrène institutionnalisée, l’Etat tente d’y prendre sa part et avec un appétit encore plus criminel. C’est peut-être de découvrir si crûment progressivement combien le système tout entier est sali qui donne une énergie du désespoir à ce personnage, la même qui, simultanément, fait descendre tout un peuple dans la rue.

L’énergie et la fébrilité d’une ville et de ses habitants sont ainsi captées par la caméra, nous plongeant dans une Egypte bien éloignée des pyramides.

Le réalisateur ne s’attarde sur rien, jusqu’à l’ellipse, mais prend le temps de tout donner à voir. Prenant parfois le risque d’une sorte de rupture du pacte avec le spectateur, la musique minimaliste soudainement envahit l’espace mais pour n’illustrer rien d’autre que des tempêtes sous un crâne, en lieu et place du déferlement de violence qu’elle semble annoncer.

Film intrigant et passionnant, moral et politique, l’opus ne conserve du genre que la trame et la noirceur intrinsèque pour faire œuvre originale de cinéma. Le spectateur quitte la salle comme éveillé à un monde qu’il ne connaît pas par une histoire pourtant universelle.

Sébastien

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