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La Jeune Fille et la Mort

« Le Passé » de Asghar Farhadi (2013)

mercredi 29 mai 2013, par Sébastien Bourdon

Dès l’ouverture du dernier film du réalisateur iranien, à peine sortis de l’aéroport, les protagonistes se retrouvent sous une pluie battante, nous ne sommes clairement plus à Téhéran, mais bien à Paris.

On n’a rarement aussi bien filmé une banlieue parisienne qui n’est ni la grande ni la petite couronne, cet espace formant un tout indéfini, peuplé de citoyens qui ne sont pas de seconde zone, mais qui ne sont certainement pas de première. Les extérieurs ont presque la poésie des films de Prévert et Carné, ces lieux que l’on pourrait croire sans âme, grands boulevards et quais de RER, ne seraient donc pas dénués de charme, surtout du fait de ceux qui y vivent. Ainsi, dans les maisons, les mains des occupants œuvrent à une amélioration modeste du quotidien, de brocanteurs en caisse de bricolage et pots de peinture. Finalement, tout est (trop ?) beau et c’est peut-être là surtout que le bât blesse.

Comment ne pas évoquer cet opus sans le comparer au précédent, « Une Séparation », tourné à Téhéran (2011). Ce film avait rencontré en France un triomphe populaire aussi inattendu que mérité, mais il est difficile de déterminer si cette production cette fois française aura un tel succès. La réalisation a au passage perdu de son urgence et de son impétuosité tant le film semble installé dans un confort de film d’auteur bien français.

Comme évoqué, la lumière et la photographie sont superbes, les acteurs sont beaux, les dialogues sont justes, mais on peine un peu à y croire. Bérénice Bejo est lumineuse sans être totalement crédible en assistante en pharmacie. Elle fait donc le job, mais guère plus. Quant à Tahar Rahim, il est difficile de le voir en teinturier de métier (ou alors nous sommes simplement encore traumatisés par sa lumineuse apparition dans « Un Prophète » d’Audiard). Les enfants auraient eux en revanche mérité le prix d’interprétation à Cannes, ils sont indéniablement les plus convaincants, avec l’acteur iranien Ali Mossaffa, formidable révélateur du passé des protagonistes.

Comme évoqué, la réalisation apparaît comme ralentie. « Une Séparation » nous ballotait en tous sens, sans répits. Ici, la brutalité des sentiments et des situations n’est pas moins présente, mais le film est beaucoup plus posé, frisant parfois les longueurs (ou la langueur). Ce n’est que lorsque surgit l’affrontement, les bouffées de violence entre les protagonistes, que brille vraiment le regard d’Asghar Farhadi. On ne sait pas grand-chose de ce qui lie tous les personnages, de leur histoire, mais pourtant on se sent pris par leurs crises soudaines, par leurs larmes que l’on fait nôtres avec une empathie de spectateur que l’on n’a pas à forcer.

Ainsi, si le film ne m’a pas semblé totalement abouti, il brille de cette merveilleuse façon qu’a le réalisateur de filmer ses semblables, quelque soit leur origine géographique ou sociale. Refusant tout raccourci ou préjugé, il nous plonge cruellement dans le sentiment humain, dans sa grandeur comme dans sa petitesse.

Sébastien

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