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« Kramer contre Kramer » de Robert Benton (1979)

dimanche 1er avril 2018, par Sébastien Bourdon

Une Séparation

« Kramer contre Kramer » de Robert Benton

Lorsque, nonobstant ses multidiffusions à la télévision française, on ne l’a jamais vu, une telle projection interroge : cette histoire d’homme abandonné par sa femme, se retrouvant seul à gérer son fils, ne va t’elle sembler un peu datée, en ces temps où le divorce relève - presque - du non-événement et où à peu près tous les garçons savent préparer des œufs sur le plat ?

Et pourtant, le film tient toujours, sans doute parce qu’il est solidement appuyé sur des acteurs exceptionnels et une manière assez fine de filmer la vie des autres (qui rejoint parfois la sienne).

Sans s’embarrasser à décrire un temps passé éventuellement idyllique, l’histoire commence par la brusque rupture : Ted (Dustin Hoffmann) rentre tard du boulot, Joanna (Meryl Streep) lui dit qu’elle s’en va, simplement parce qu’elle n’en peut plus. C’est si brutal et soudain que c’est à peine s’il comprend ce qui se passe (quand nous saisissons immédiatement qu’il y a belle lurette que Ted ne suit plus que de très loin ce qui se passe).

Cette courte scène suffit ainsi au spectateur à apprécier les méandres de l’incommunicabilité dans ce couple et à donner envie de découvrir comment ce type va bien pouvoir se débrouiller seul avec son petit garçon.

En effet, publicitaire encore plus survolté que Kirk Douglas dans « L’arrangement » de Kazan, il n’a ainsi même pas le temps d’avoir une maîtresse, on imagine volontiers qu’il aura les plus grandes peines à concilier vie professionnelle et vie privée.

Dustin Hoffmann est évidemment incroyable en type sur qui tombe d’un coup la réalité de la vie, quand le travail, qui lui semblait pourtant particulièrement prégnant et tangible, en cachait l’essentiel (et notamment la lecture du « Trésor de Rackham le Rouge »).

Il fera face à tout, parce qu’on ne doit pas faire autrement, avec l’énergie d’une affection supérieure et intransigeante. Et en cela, le film ne vieillit pas, suivant l’homme, sans pour autant juger la femme.

Le retour de la mère venant réclamer ses droits sur l’enfant quand Ted Kramer espérait plutôt de cette dernière un regain d’affection fait évidemment vaciller tout l’édifice. Et c’est ainsi que l’adversité suggérée par le titre vient à s’épanouir pleinement dans l’enceinte d’un tribunal.

Force est de constater à quel point est ici brillamment filmé le surgissement du débat judiciaire dans le conflit intime. Ce qui fut un couple, et qui ne trouve pas en son noyau défait les solutions à une situation bloquée, découvre devant le juge un inattendu conflit artificiel plus envahissant que celui qui subsiste. Une triste compétition s’engage presque malgré eux pour conserver seul le fruit vivant d’un arbre mort.

Est ainsi admirablement filmé et joué la violente surprise dans les yeux des parents qui se croyaient légitimes à se battre pour la garde de l’enfant et qui réalisent que, pour l’exercice de ce droit inexpugnable, il va falloir déverser quelques tristes tombereaux de rancoeur. Débiner publiquement celui qui fut sa moitié pour devenir judiciairement l’élu parental. Et réaliser alors combien l’enfer est pavé de bonnes intentions.

L’oeuvre se transforme ainsi en film de procès, avec toute l’expérience cinématographique américaine nécessaire à la description de ces concentrés d’humanité.

L’issue se trouvera à la fois dedans et dehors l’enceinte du tribunal, rappelant finement que la justice des hommes, si distante ou absurde puisse t’elle paraître, ne s’exerce in fine pas sans eux.

Sébastien

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