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« Maya » de Mia Hansen-Love

mercredi 2 janvier 2019, par Sébastien Bourdon

Just Another Beach

Paris, décembre 2018, dans un cinéma de quartier trônent à l’affiche deux films, l’un (« L’homme Fidèle ») réalisé par Louis Garrel, fils du cinéaste Philippe du même nom, avec Lily-Rose Depp, fille de la chanteuse et actrice Vanessa Paradis et de l’acteur Johnny Depp.

L’autre film, « Maya », qui va être évoqué ici, est interprété par Roman Kolinka, dont le père est le Richard du même nom, ci-devant batteur de Téléphone, et la mère l’actrice Marie Trintignant (ce qui fait de lui le petit-fils de Jean-Louis). Ce n’est plus un milieu socioprofessionnel, c’est un fonds de commerce marqué par le népotisme.

Lorsque le film débute, nous sommes en 2012, sous le règne de Hollande. Gabriel (Roman Kolinka), beau ténébreux au début de la trentaine, vient tout juste d’être libéré des jihadistes syriens par l’entremise du gouvernement français. Journaliste de guerre, il cache dans un relatif mutisme cette expérience nécessairement traumatique et, une fois les affaires parisiennes courantes expédiées, il décide de se rendre dans le Sud de l’Inde.

Le garçon est taiseux, mais on comprend qu’un attachement ancien le lie à cette contrée. Sa mère vit toujours à Bombay et Gabriel, fils de diplomate, y a passé une partie de son enfance, avant que ses parents ne se séparent.

Si ce voyage est un pas vers la guérison ou l’oubli, on ne le saura pas vraiment, tant Gabriel semble porté par l’immédiateté. Il décide de là où vont ses pas, mais s’abandonne au présent, dans ce qui ressemble à une félicité discrète. Seules subsistent les insomnies.

Il retrouve son parrain à Goa, hôtelier local désabusé par le tourisme de masse et la corruption, et fait la connaissance de sa fille, Maya (Aarshi Banerjee), qui porte avec une douceur souriante ses dix-huit ans.

Ce qui se nouera ou pas avec elle, ceux qui verront le film le sauront.

Savoir si l’on est face à une œuvre immanquable se discute. A l’instar de certains nombreux mâles cinéastes avec leurs actrices, la réalisatrice Mia Hansen-Love s’est entichée au-delà du raisonnable de son acteur principal qui ne quitte du coup pratiquement pas l’image. Le faisant évoluer dans une lumière et des décors superbes, cela donne un ensemble esthétique cohérent, mais qui aurait mérité plus de rigueur en salle de montage.

On nous rétorquera que cela change un peu de s’attarder autant sur un garçon et que ce point de vue féminin est rafraîchissant, mais tout de même cela donne quelque chose qui manque singulièrement de consistance.

C’est d’autant plus regrettable que le film compte de forts beaux moments et fait montre tout du long du talent singulier de la réalisatrice. Elle se révèle capable d’évoquer beaucoup de sensations, filmant avec une rare sobriété l’anxiété nocturne, les larmes solitaires dans une voiture ou la délicatesse du rapprochement progressif des corps.

Tout cela ne fait pas forcément un grand film mais un joli voyage.

Sebastien Bourdon

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