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Les valses de Vienne

"Le Troisième Homme" de Carol Reed

mardi 21 avril 2015, par Sébastien Bourdon

« Le Troisième Homme » Carol Reed (1949)

Vienne, capitale de l’Autriche, si chère au cœur d’Hitler qu’elle manqua finir, à l’instar de Dresde, en complet champ de ruines. Il existe également un autre versant de cette ville qui fut incarnée dans la prose de Zweig, notamment, et de la plus belle manière, dans « Le Monde d’hier » (1944). Ce monde noble et ancien détruit par le nazisme sert de décor à ce, sans aucun doute, classique du cinéma du XXème siècle (qu’il reste de bon ton de voir ou revoir, c’est l’objet des présentes).

La voix narquoise du réalisateur anglais ouvre le film, décrivant une cité fracassée, découpée en quatre territoires, tous occupés par les forces alliées (soldatesque anglaise, américaine, russe et française), obligées de coopérer dans un pays qui n’est pas le leur et dont la population ne peut être qu’humiliée par cette situation géopolitique pour le moins défavorable. Dans ce contexte désastreux, un seul type d’activité se développe tous azimuts, le marché noir. Tout ce que l’on peut acheter se trouve, à condition d’en avoir les moyens. Quant aux contrebandiers, ils ne doivent pas oublier ce qu’il en coûtera s’ils pêchent par amateurisme.

Un américain, Holly Martins (Joseph Cotten), débarque à la gare pour retrouver en cette ville qui lui est inconnue son meilleur ami, Harry Lime (dont nous découvrirons plus tard qu’il est interprété par Orson Welles), ce dernier lui ayant garanti la possibilité de s’enrichir vite dans cette Autriche dévastée par la guerre. On ne sent évidemment pas là de grandes motivations morales et c’est sans doute ce qui caractérise cette ville affamée et écrasée que d’être arpentée par nombre de sans foi ni loi.

Las, à peine arrivé à l’appartement de son camarade, il apprend que ce dernier est décédé dans un mystérieux accident de voiture, au pied de chez lui. Curieux de nature, désabusé et inoccupé, l’ami lointain va tenter de trouver une explication à ce brusque (et peut-être opportun) décès. Il y découvrira Vienne, jolie carte postale dévastée, y rencontrera des militaires pas toujours coopératifs, se pâmera pour la fiancée de son ami défunt (sublime Alida Valli) et croisera une galerie de personnages énigmatiques.

Si la réalisation se rapproche quelque peu du néoréalisme italien en vogue à l’époque, Carol Reed tente aussi quelques expériences, jouant de la prise de vue en angle et d’un noir et blanc fantomatique qui nous ferait parfois croire qu’à défaut de Vienne, ce sont dans les méandres du cabinet du Docteur Caligari que l’on erre (expressionnisme allemand – Robert Wiene « Le Cabinet du Docteur Caligari - 1920).

La causticité et l’esthétisme du film lui conservent une impressionnante fraîcheur et ce d’autant que le suspens n’est pas loin d’être haletant, culminant avec une scène de poursuite dans les égouts qu’il ne serait pas de bon ton de raconter, au risque de vous gâcher le plaisir de cette promenade dans les tréfonds de la ville et de ceux qui l’habitent.

La morale du film tient dans cette phrase tirée d’une improvisation géniale d’Orson Welles (seule infidélité au scenario de Graham Greene), incarnant un Harry Lime malfaisant mais o combien attachant, « In Italy, for thirty years under the Borgias, they had warfare, terror, murder and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci and the Renaissance. In Switzerland, they had brotherly love, they had five-hundred years of democracy and peace – and what did they produce ? The cuckoo clock ».

Sébastien

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