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« La Mule » de Clint Eastwood

mardi 19 février 2019, par Sébastien Bourdon

On The Road Again

Nous avions quitté Clint les pieds devant, dans un « Gran Torino » (2008) aux airs de farce funèbre. Eastwood semblait alors décidé à se filmer une dernière fois en éternel justicier, dans un geste testamentaire. Se moquant de lui-même et se dépeignant en grognon redécouvrant l’affection et l’empathie, il nous saluait d’un dernier clin d’œil mélancolique et souriant.

Et pourtant, voilà qu’il réapparaît en 2019, plus malicieux encore dans cet opus finalement assez inattendu, aux allures de série B mineure, mais indéniablement sympathique et magistralement réalisé et interprété (Eastwood surtout, mais également Bradley Cooper et Andy Garcia).

Dès l’ouverture du film, Clint est un homme âgé, mais à qui tout semble sourire, mais on se doute que cette apparente légèreté ne durera pas. Il incarne ici Earl, horticulteur spécialisé dans la culture des lys, fleurs qui ne resplendissent qu’un jour. L’image est évidemment hautement symbolique, et il faut tout le talent de ce vieux briscard du cinéma pour nous faire avaler avec le sourire toutes les métaphores plus ou moins fines qui jalonnent ce dernier opus.

Dix ans plus tard, forcément plus âgé encore, il fait faillite, ruiné par Internet, ce kraken qui engloutit tous les commerces du monde ancien. Earl reprend alors son vieux pick-up pour rejoindre sa famille à laquelle il ne s’est pourtant jusque là intéressé que par intermittence. Cette absence a créé un gouffre dans la communication, et de véritables et profondes inimitiés, sa fille (jouée par... Alison Eastwood) refusant même de lui parler.

Cet homme au casier judiciaire vierge, qui n’est aujourd’hui un peu courbé que parce qu’il est vieux, se retrouve alors par hasard, mais mû par le besoin, en transporteur de drogue pour les cartels mexicains (une sorte de « go fast » qui roulerait doucement en écoutant Sinatra).

Notre horticulteur devient par nécessité fortuite un être immoral et opportuniste, mais qui, avec sans doute un peu d’ego, se fait fort d’utiliser cet improbable retour de fortune pour le bien commun, des fiançailles de sa petite-fille à la rénovation du club des vétérans.

Pour se faire plus pardonner encore de ses manquements passés, comme personnage aussi bien que comme personnalité, Earl/Clint joue ainsi de ses charmes encore vivaces. Souriant et toujours solide, égocentrique mais généreux, il campe une version vieillissante de son héros et par là de lui-même, confirmant si besoin était sa sensibilité et sa fragilité.

On pourrait reprocher au film de se faire parfois ode un peu convenue à l’affection aux siens comme valeur suprême, mais avec une décontraction pleine de maîtrise, le vieux cinéaste - et l’immense acteur - emporte une nouvelle fois la mise. Ne sachant pas quand tout cela se terminera, Clint Eastwood prend soin de laisser dans chaque opus une note testamentaire qui ne se veut surtout pas définitive. Pas plus que nous, Clint n’est pressé de voir la fin de sa route.

Sébastien Bourdon

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