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Who’s your Daddy ?

"Mommy" de Xavier Dolan

vendredi 31 octobre 2014, par Sébastien Bourdon

Le dernier film du jeune prodige québécois conjugue l’intensité des films de Cassavetes et la flamboyance de ceux d’Almodovar, rien que ça. Le jeune cinéaste y ajoute pertinemment une acuité contemporaine, notamment dans le format d’écran choisi : toujours un rectangle, mais inversé, resserré vers le centre, allongé vers le haut : la vie vue par un I-phone (une sorte de 1:1 en somme). Cela pourrait être un truc grossier, une fausse bonne idée pour faire moderne, il n’en est rien car, loin de réduire l’action, le procédé la concentre visuellement, la rend peut-être plus confuse parfois, mais terriblement intense toujours.

Surtout, ce format nous plonge physiquement dans l’étroite marge de manœuvre des protagonistes, entre pertes d’êtres chers, plaie d’argent et folie qui gagne. Mais de l’amour, toujours de l’amour, qu’importe qu’il soit destructeur, il reste une force, une dernière énergie vitale pour ces damnés de la Terre.

Au Québec, Diane (Anne Dorval), une femme seule, vaguement fauchée, un peu déglinguée, récupère son fils adolescent, jusqu’alors hébergé dans un foyer de jeunes en perdition, et de décide de s’occuper de lui. Elle n’en a pas franchement les moyens, si ce n’est une énergie folle et un amour incandescent à lui offrir en partage (un amour maternel en somme). Il n’y a plus de père pour l’aider en cette tâche dont on devine qu’elle sera insurmontable, mais la voisine d’en face, Kyla (Suzanne Clément), socialement plus installée, mais pas moins fracassée (le malheur traduit par le bégaiement) va s’attacher à ces deux éperdus et les aider. Tous branlants certes, mais en s’appuyant les uns contre les autres, miraculeusement, ils se tiennent droit à nouveau.

Ensemble, ils vont ainsi ouvrir une magnifique, mais chaotique, parenthèse enchantée, d’autant plus magique que personne ne doute réellement de ce qu’elle sera de courte durée. Et pourtant, comme les protagonistes, on finit par y croire et vouloir que ça dure toujours. C’est donc une histoire de gens qui se débattent et tombent mais qui tentent, maladroitement, de se relever, dans une danse éminemment fragile et décousue.

Pendant deux heures et une vingtaine de minutes, jamais le film ne s’essouffle et les spectateurs sont ainsi soumis à une déferlante incroyable d’émotions, avec une intensité franchement inhabituelle. Il est vrai que les digues du surmoi cèdent facilement. Pourtant, impossible de se sentir floué car rien n’est galvaudé, ni caricaturé, les excès des personnages, comme ceux du cinéaste (dont les intentions artistiques et les méthodes pour parvenir à les réaliser se justifient toujours). Même quand une scène tourne autour de la musique de Céline Dion (« trésor national » québécois), c’est toujours « Versailles » comme s’en enchante l’héroïne. Un changement radical de vos goûts musicaux peut se produire au passage, comme quoi, contrairement à ce qu’elle affirme dans sa chanson Céline, on change…

Xavier Dolan revendique régulièrement son intérêt et son attachement à décrire plutôt des personnages de femmes. Elles sont ici perdantes magnifiques, plus si jeunes mais tellement belles : engoncées dans un col Claudine ou en jeans moulant et talons hauts, pétillantes et bouleversantes.

Diane (surnommée « Die », inquiétant raccourci), la mère du jeune et quelque peu imprévisible Steven (Antoine-Olivier Pilon), n’a aucune raison objective de croire à sa folle entreprise, pourtant elle nous prévient dès le début du film en ces termes, « les sceptiques seront confondus ». En réalité, et l’issue du film ne nous permet pas d’en douter, elle n’affirme surtout pas par là que tout finira bien et qu’elle le prouvera envers et contre tout. Ce que l’héroïne de Dolan essaye de nous dire, c’est que bien que nous soyons condamnés, la vie reconnaîtra les siens en ceux qui la prennent à bras le corps. Et c’est à cela que s’attache cette mère courage. Dieu vomit les tièdes.

Sébastien

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