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No One Dies Today

"Sully" de Clint Eastwood

jeudi 15 décembre 2016, par Sébastien Bourdon

« Sully » de Clint Eastwood

Ce qui doit évidemment frapper le spectateur à la vision de ce film, c’est la frontière probable qui existe entre le Clint Eastwood citoyen, aux prises de positions parfois discutables, et le Clint Eastwood cinéaste (et être humain). C’est évidemment ce dernier qu’il faut retenir, qui restera pour la postérité, et dont les œuvres expriment la pleine réalité de sa pensée, profonde et grave.

Les derniers des classiques sont les premiers des modernes et il semble que cet exact rôle soit assigné au vieil américain en colère, à l’ancien cowboy solitaire. Ce dernier opus démontre une fois de plus la maestria de Clint, tant il est ramassé, épuré et tendu. En à peine une heure et trente minutes, tout est dit, sans excès de langage, ni effets marqués de style.

S’il y a bien une figure que Clint n’a cessé d’interroger, c’est celle du héros, poursuivant ainsi le travail de ses pères et modèles, de John Ford à Don Siegel.

Après le terrible « American Sniper » (2015) où était évoquée la figure de l’assassin d’Etat à la légitimité critiquable, voici celle du sauveur indiscutable, le pilote héroïque, pourtant questionné par ses pairs sur la pertinence de son acte. Celui qui tue pour sauver des vies, celui qui sauve des vies en risquant de tuer.

Le réalisateur ne présente jamais un monde binaire et confortable, et l’idée d’une pensée réactionnaire simpliste qu’on lui attribue parfois est définitivement surprenante.

Il va de soi que ses deux films forment un remarquable diptyque qui interroge sans manichéisme le fonctionnement de notre société contemporaine. Qu’est-ce qui justifie que l’on admire un de nos semblables ? Quels actes valent la considération pour un de nos semblables, jusqu’au piédestal ?

Alors que le commandant Sully (Tom Hanks) vient, grâce à son sang froid et sa maîtrise, de sauver 155 personnes, qu’aucune victime n’est à déplorer après un crash dans l’Hudson, le voici immédiatement convoqué, avec son copilote (Aaron Eckhart) et soumis à la question : a t’il réellement fait le bon choix durant ces 208 secondes fatidiques ?

Si le cinéaste questionne une fois de plus la figure héroïque, il ne s’interdit pas de dénoncer ceux qui font de même jusqu’à l’absurde. Paradoxe contemporain que de voir un homme justement célébré par la foule et remis en cause par des compagnies d’assurance, bien malheureuses d’avoir perdu dans les eaux glacées de la rivière un bel avion tout neuf.

Dans le rôle de cet homme soumis ainsi à d’incroyables pressions contraires, Tom Hanks rejoint James Stewart au panthéon des grands acteurs américains, ceux capables de faire passer aux spectateurs une immense humanité dans la normalité. Parfaitement crédible dans son rôle de sauveteur, il faut aussi le voir après le crash, sur le bateau qui ramène les passagers vers la terre ferme, réalisant que la vie reprend son cours et que déjà se pose la question de ce à quoi elle ressemblera après un tel évènement.

La grâce du film est aussi d’évoquer en filigrane le 11 septembre 2001 et de rappeler combien ce « miracle de l’Hudson » a permis aux new yorkais d’obtenir à nouveau de bonnes nouvelles des avions.

Mais le plus beau de cette œuvre tient dans la présentation inattendue qui nous est faite de la société américaine. On voit un monde qui fonctionne, nonobstant les inévitables accidents de la vie (surgissement hitchcockien des oiseaux provoquant l’accident), une communauté nationale où chacun fait ce qu’il a à faire (sauf les assureurs évidemment).

Dans la mesure où le film est, semble t’il, très fidèle à la réalité, ce n’est rien de moins que le spectacle d’une utopie réelle qui nous est présenté. Si tout le monde veut bien faire correctement son boulot, sans trop faire le malin, il y a sans doute moyen de construire une bien jolie société. On est assez loin du discours de Trump sur l’Amérique en somme.

Au moment du générique de fin, comme dans « American Sniper », défilent les vraies images de l’accident et interviennent les protagonistes de cet événement hors norme à l’occasion de leurs retrouvailles avec le pilote. Bizarrement, ce surgissement du réel semble nettement moins convaincant que le film. C’est l’autre leçon à tirer de la projection : le cinéma est plus grand que la vie.

Sébastien

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