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London Calling

Walking Papers – Ghost – Alice In Chains – Alexandra Palace, Londres le 9 novembre 2013

mercredi 13 novembre 2013, par Sébastien Bourdon

Il était plus que temps de refaire un tour dans la capitale anglaise et l’occasion de rendre visite à nos perfides voisins m’était donnée par la venue là-bas d’au moins de deux de mes formations préférées, auxquelles s’était ajouté mon coup de cœur du moment (dans l’ordre narratif donc : Ghost et Alice In Chains, avec Walking Papers en plus). Si l’on y ajoute la joie de passer un peu de temps avec de vieux amis et le fait que, peut-être, il ne pleuvrait pas, aucune hésitation n’était possible, j’ai pris les billets (de concert), ma femme a pris les billets (de train).

La veille du départ, à vélo dans les rues parisiennes, je croisais, habillé malgré la froidure d’un simple tee-shirt Hellfest, un jeune barbu que je saluais du signe du Diable, que ce dernier s’empressa de me retourner, sourire aux lèvres. Le week-end à venir se présentait donc sous les meilleurs auspices.

En descendant de l’Eurostar, deux évidences nous frappent, mâtin que cette ville est grande et humide. Si l’eau est source de vie, l’on ne peut que constater qu’à Londres, ça grouille justement, dans tous les sens et de partout. Cette cité qui s’étale sur des kilomètres et où rares semblent être les buildings, est comme envahie d’une armée de petites mains venues du monde entier pour produire et vendre. Cette énergie fait envie, mais peut faire un peu peur, appréhension sans doute partagée par les autorités puisque l’on est filmé tout le temps et partout…

L’Alexandra Palace où se produisent nos artistes du jour étant au cul du monde (plus exactement au sommet du cul du monde), nous arrivons en retard et manquons le début des Walking Papers. Leur seul album à ce jour est le fruit d’une rencontre de fines lames du grunge et du hard rock des années 90 (de Duff Mc Kagan à Mike Mc Ready, pour ceux qui connaissent). Ce disque nous donne à nouveau à écouter, avec une clarté de son et des compositions subtiles, ce rock n’ roll que l’on aime tant et qui a bercé notre jeunesse pas très folle. Un truc d’adultes en somme mais comme marqué d’une fièvre désabusée (« Love is blind baby, you can leave me in the dark »).

Malheureusement, la salle de l’Alexandra Palace se prête peu à ce rock tout à la fois énergique et intimiste, étant configurée comme un gigantesque hall de gare et souffrant d’une acoustique très approximative. Ainsi, les basses écrasent tout, dans une ambiance un peu froide sans doute due à la trop grande hauteur de plafond. A revoir dans des conditions ad hoc, et pourvu que cela se produise sous peu.

On profite de la pause pour découvrir un peu plus les lieux, qui ne manquent indéniablement pas de charme. Ledit Palace est une bâtisse victorienne imposante, juchée sur les hauteurs de Londres, et ayant connu de multiples usages au cours de son histoire (et même un incendie). Le même intermède nous permet également d’investir en tee-shirts pour toute la famille, car oui, toute la famille ou presque est présente. Rien ne pouvait en effet plus réjouir mes deux aînés que d’assister à un concert de leur groupe de chevet, Ghost.

Le concert du soir permettra de vérifier que Ghost est appelé à régner et cela ne devrait pas s’arrêter de sitôt. On pourrait toujours arguer de ce que leur musique emprunte trop pour être originale, mais qu’importe, quel allant et quel enchantement des sens. On a arboré des sourires de gourmet tout du long, goûtant avec délices ce plat aux parfums parfois connus, mais qui échappe ici à tout affadissement. Que voulez vous, de tous temps, Satan a toujours été fort séduisant.

Nos suédois satanistes de pacotille sont toujours impeccables dans l’exécution de leur heavy metal aux accents pop, même si ce concert dans le rôle de chauffeurs de salle impliquait un raccourcissement de leur set et les privait de leur décorum habituel. En tout cas, idéalement placés, les enfants sont dans la joie et nos cœurs des parents, comme nos oreilles de mélomanes, sont à la fête.

La pause suivante nous permet de nous régaler ensuite même l’estomac, c’est fou ce que les anglais sont prévoyants, offrant aux spectateurs de la salle tout un panel de choix alimentaires. Nous optons pour un burger « organic » qui s’avérera d’excellente facture.

Avant que ne reprenne le spectacle, alors que j’accompagne le plus petit de mes deux fils présent, un jeune garçon m’aborde avec un immense sourire et me dit : « I wish I had a dad like you ». Autant l’avouer, ça m’a fait plaisir. Cela étant, il est vrai que nos enfants étaient sans doute les représentants uniques de leur classe d’âge dans la salle, alors que ce n’est pas si rare d’en croiser dans les concerts français.

Il est vrai que dès l’achat du billet, on m’indiquait que les « mineurs de moins de treize ans n’étaient pas autorisés à assister à cet évènement ». Après vérification directement auprès de la salle, il m’avait été indiqué que ce n’était pas le cas, qu’ils devaient simplement être accompagnés d’un adulte de plus de vingt et un ans, âge largement dépassé par votre serviteur, hélas. A partir de l’arrivée de la tête d’affiche, les lieux s’étant singulièrement remplis, nous avons cherché un endroit d’où ils puissent voir, la salle ne comptant pas de places assises. Après s’être vu refuser la possibilité de les asseoir au coin de l’immense bar au fond de la salle, et alors qu’ils étaient restés devant ledit débit de boissons (qui était légèrement surélevé par rapport au sol), je me suis vu aborder par trois gus de la sécurité, l’un d’entre eux me déclarant que mes fils ne pouvaient rester là (devant le bar). Un peu échauffé, je lui demande pourquoi et en quoi cela peut même le déranger, ce dernier me rétorque par un lapidaire « it’s the law ». Je réponds alors sèchement à ce chien courant du capitalisme en ces termes choisis : « it’s not the law, it’s just fuckin’ business », son initiative intempestive ne me semblant motivée que par la crainte d’une diminution de la consommation alcoolique par les spectateurs, ce qui relève d’une gigantesque farce lorsque l’on voit la taille immense du bar (dans une salle qui en compte plusieurs autres) et la capacité de consommations de bière des anglais.

Je réalise ensuite que la salle compte en réalité près d’un vigile pour trois spectateurs (j’exagère à peine), et que ces gens me semblent surtout là pour faciliter le commerce et éviter les ennuis avec les assureurs, car de débordements, je n’ai point vu. Un peu triste et effrayant.

Chassés de partout ou presque, nous trouvons finalement refuge sur les côtés, mais en ne se déparant d’une joie compréhensible face à un groupe aussi affuté. On croit avoir entendu tout cela mille fois, mais voilà, dès les premières mesures, on réalise une fois de plus à quel point la musique de ce groupe est fondamentale et riche. C’est magnifique et la « loi » ne gâchera pas mon plaisir.

Le groupe fouille en tous sens dans sa discographie (« Them Bones », « Man in the Box », « Check my Brain », « Hollow »…) et restitue avec une puissance et une acuité extraordinaires l’impressionnante qualité de sa production musicale. Une fois encore, seul un son toujours médiocre (mais beaucoup plus fort) nous gâche un peu l’enthousiasme.

Vieillir c’est quand même - un peu - se résigner, du coup, attendris par l’épuisement bien légitime des enfants, nous mettons fin à nos ardeurs mélomanes et quittons la salle avant l’issue du concert, se promettant mentalement avec Alice In Chains une revoyure parisienne ou sur les pelouses de Clisson (tout aussi humides que celles de Londres). Il est vrai que nos pénates londoniennes sont lointaines et ce d’autant que, pris dans une conversation avec des français ayant conservé leur bracelet Hellfest, nous prendrons d’abord le bus du retour dans l’autre sens…

Toujours en direction de nos lits, dans le métro bondé, je vérifie une fois de plus que l’anglais aime boire et que beaucoup sont ivres dans un bel élan d’unité nationale qui fait fi des classes sociales. Pour finir sur cette tendance à boire plus que de raison, en sortant du « tube », je tomberai sur une jeune fille se soulageant la vessie accroupie sur le trottoir, avec une dignité de grue cendrée. Drôle de pays quand même.

Sébastien

P.S. Au retour vers Paris, en ce 11 novembre 2013, deux minutes de silence nous ont été demandées par le staff de l’Eurostar, au sortir du tunnel, en souvenir de tous ceux cruellement tombés pour défendre leur pays. Beau moment de gravité et de mémoire.

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