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Don’t stop

THE BAD PLUS – New Morning, le 5 octobre 2010

vendredi 8 octobre 2010, par Sébastien Bourdon

Le jour où j’ai acquis l’album « These are the vistas » - en 2003 donc – j’ai su, avant même de l’écouter, à ce que j’en avais lu, à la pochette, au look des musiciens, que je tenais là quelque chose que j’attendais et qui ferait ma joie. A compter de la première écoute, The Bad Plus est devenu mon groupe préféré, tous genres confondus. Piano, contrebasse, batterie, l’essentiel.

J’ai ainsi acheté, au fur et à mesure de leur parution, tous les albums suivants et les ai vus presque systématiquement à chacun de leurs passages parisiens. Et puis, on s’attache, on se détache, sans jamais cesser de les aimer, ils sont quand même un peu sortis du quotidien de ma platine et de nos sorties. Le jazz rebelle sous Bush peut-il survivre à l’élection d’Obama ?

Tant et si bien que j’ignorais même, encore quelques jours avant, leur passage parisien du 5 octobre. C’est l’intervention inopinée d’un ami provincial - aux origines bulgares - qui entendait faire le déplacement et m’y trouver qui m’a permis d’en être. J’ai du coup également battu un rappel tardif mais efficace pour cette occasion, et c’est avec un public enrichi de nombreux amis (et lecteurs) que je me suis rendu dans la salle (qui était pleine comme un œuf).

Heureusement présents tôt, nous trouvons d’excellentes places devant la scène pour tous, pour une nouvelle et magnifique leçon de musicalité. En les regardant, c’est l’évidence, il faut tout apprendre, ensuite tout casser et puis jouer au sens strict du mot : s’amuser. Les Bad Plus sourient tout le temps, et nous avec.

Bien sûr, voilà dix ans que ces garçons tournent et comme ils le constatent eux-mêmes, ce qu’ils font sonne toujours comme du Bad Plus (ce qui est somme toute assez rassurant pour eux, comme pour nous). S’ils ont pu beaucoup baser leur répertoire discographique, comme scénique, sur les reprises (de Abba à Black Sabbath en passant par Rush ou Tears For Fears), cette tendance peut-être trop dans l’époque est maintenant un peu mise de côté. Après un album presque entièrement consacré à l’exercice et pour lequel ils s’étaient adjoint les services d’une chanteuse (« For all I care » avec Wendy Lewis - 2008), le tout nouvel opus (« Never Stop ») ne contient que des compositions originales. Le concert sera à l’image de cette volonté artistique, le deuxième set étant même entièrement consacré – à l’exception des rappels – au disque précité. Le 1er set verra s’aligner leurs classiques, de « Big Eater » à « Anthem for the Earnest ».

Ainsi, une impression de déjà entendu peut surgir à l’écoute de nouveaux titres, découverts lors du concert. Et puis finalement non, voilà que ça rebondit ailleurs et plus haut. Et il y a toujours ces mises en place extraordinaires, surprenantes, qui nous permettent de vérifier à quel point ils sont toujours ensemble, ne se perdent jamais de vue, même lorsque les notes se font déluge.

« And collectively we are the Bad Plus ». Ils sont donc tous formidables (je trouve notamment que le pianiste Ethan Iverson est de plus en plus époustouflant) mais évidemment mon admiration et ma fascination vont surtout vers le batteur David King. Sorte de fils inattendu de John Bonham (Led Zeppelin) et Jack DeJohnette (Keith Jarrett, entre autres), il mêle diaboliquement à son touché jazz une férocité purement rock. Cela donne notamment cette manière extrêmement surprenante de jouer le binaire comme un batteur de jazz, mais sans jamais le départir d’un groove et d’une frappe heavy rock.

Dave King ne joue t’il pas d’ailleurs fréquemment à mains nues comme le glorieux défunt John Bonham dans « Moby Dick » ?

Lors du 1er rappel, les Bad Plus ont quand même assuré une inévitable cover avec le titre d’Aphex Twin, « Flim ». Cette reprise, ils se la sont tellement appropriés que tout le monde a oublié qu’elle fut écrite par un groupe de musique électronique. A l’issue de ce dernier titre où Dave King a encore fait chanter sa batterie, le groupe, dans un virage à 360 degrés, a embrayé directement sur un morceau de pur ternaire avec des accélérations impressionnantes démontrant, lors de l’assaut final, sa phénoménale capacité à tout jouer.

Il y a quelques années, après un concert de Magma, imprégné de la musique, j’étais descendu à la cave chez mes parents taper sur ma batterie, avec l’illusion d’être un instant Christian Vander. Au sortir du New Morning, je suis sûr qu’installé derrière une batterie, tout seul, je me serai rêvé un instant David King.

Les Bad Plus restent mon groupe préféré.

Sébastien

P.S. on avait emmené notre fils aîné. Il a – un peu – dormi mais était quand même drôlement content. Ça m’a rappelé quelques cantates de Bach de mon enfance durant lesquelles je m’étais copieusement assoupi, divinement bercé par la musique.

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