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Alexanderplatz

ALT-J, Astra-Kulturhaus, Berlin le 23 février 2013

mardi 26 février 2013, par Sébastien Bourdon

J’aime les ruines, donc j’aime Berlin. Dans cette ville extraordinaire, comme nulle part ailleurs (à ce que je sache), on recycle brillamment les déchirures du passé. Notre séjour sur place a ainsi commencé par une visite privée et guidée de la fondation Sammlung - Boros, où, dans un immense bunker rénové et repensé à cette fin, l’on présente des œuvres on ne peut plus contemporaines. Cet édifice, ultime trace du Germania rêvé par Hitler et Speer (Berlin transformée en capitale du monde), finalement trop compliqué à détruire, a de cette manière été récemment transformé en monument historique (ce qu’il était déjà) et culturel (ce qu’il a vocation à rester).

S’agissant plus particulièrement de ce lieu, alors qu’il y a lieu d’être souvent navré par le manque absolu de goût des riches, par cette éternelle capacité à s’agglutiner aux mêmes endroits, aux mêmes moments, dans une débauche de mauvais goût consumériste, l’on pouvait ici presque se réconcilier avec le capitalisme. Utiliser sa fortune pour transformer ces mètres carré de béton armé en un lieu d’exposition exigeant et intelligent et s’y construire au sommet un appartement pour y vivre, surplombant Berlin, il me semble difficile de trouver matière à critique.

Après le plaisir des yeux (et des neurones), arrivons aux oreilles, avec le concert donné par ALT-J le même jour au Astra - Kulturhaus. Le trajet en métro effectué, à la sortie, je croise les habituels vendeurs à la sauvette de tickets, un panneau « suche Karte » en main. La salle est semble t’il un ancien atelier de réparation de matériel de chemin de fer. Comme souvent en cette ville, une fois la vocation première des lieux éteinte, il leur est donné une nouvelle existence. Loin d’être en perdition, ces immeubles grouillent de vie, leur apparence négligée n’étant que de façade, participant même à l’esthétique générale de la ville. La vie ne quitte pas les friches à Berlin, trouvant même dans cet état comme une forme joyeuse de renouvellement.

En entrant, comme toujours pour n’importe quelle salle de concert, je me sens chez moi. Je suis toutefois frappé par l’allure presque uniforme de la foule, blanche et terriblement hipster. Le germain étant discipliné, je reste également fasciné par les files d’attente impeccables derrière le vestiaire, les mêmes formant également de beaux alignements en ligne devant le bar. Bienvenue en Allemagne.

En première partie, j’écoute distraitement un trio féminin dont je n’ai pas noté le nom (guitare, clavier et percussions). Leur musique flirte sagement avec Björk, mais j’avoue ne pas y avoir prêté une attention suffisante et peut-être même n’en ai-je pas eu envie.

Le berlinois, à l’instar de ses compatriotes, étant grand, nous nous glissons vers les premiers rangs afin de voir mieux et de plus près. Ma chère et tendre, agglutinée avec moi dans une foule compacte, me fait quand même remarquer, je cite, qu’il y a longtemps que nous n’étions pas allés à un concert « où il y a autant de filles qui sentent bons ». J’en conviens, mais je trouve que cela rend moins aisée la concentration sur la musique.

Le concert met un bon moment avant de commencer, je suis d’un œil les pérégrinations des roadies afin de percevoir le petit signal, généralement lumineux, qui marquera le début du spectacle. Je note au passage qu’il est déposé à côté de chacun des instruments une bouteille d’eau minérale, que l’on prend même soin d’ouvrir préalablement pour chaque musicien. Ce ne sera clairement pas très punk rock.

ALT-J est un jeune groupe anglais que j’ai découvert récemment avec leur album « An Awesome Wave » (2012), sur les recommandations d’un camarade infiniment plus au fait que moi des tendances (quelles qu’elles soient). Voilà fort longtemps que je n’avais acheté d’album de pop rock anglaise et je dois reconnaître avoir été particulièrement séduit par les mélodies éthérées de ces jeunes garçons, portées par des arrangements assez originaux et délicats (et une utilisation intéressante de la batterie, minimaliste mais percussive). Cette découverte musicale se poursuit d’ailleurs grâce à l’amitié d’un autre, grand ordonnateur généreux de ce week-end berlinois et de ce concert en particulier.

Lorsqu’enfin débute le show, arrivent sur scène quatre garçons à peine sortis de la puberté, coiffés avec application, ou portant casquette et tee-shirt ADIDAS. Je m’inquiète un peu, tant il est vrai que mon côté obscur penche plus vers le cuir et le tee-shirt noir. Mais, il y a surtout un problème majeur qui saute à nos oreilles, le son est épouvantable, phénomène particulièrement criant au regard de la délicatesse de leur musique. En effet, les basses écrasent tout, ce qui surprend au regard de l’absence de… bassiste. Quand, occasionnellement, une basse est sortie, le mix meurt, cruellement et irrémédiablement atteint.

Pourtant, les chansons surnagent, réellement magnifiques, accomplissant l’exploit d’arriver à le rester nonobstant la bouillie sonore. Après une demi-heure de ce traitement, peu impressionnés par le charisme de gastéropode des membres du groupe, nous reculons pour retrouver quelques camarades et constatons avec plaisir que le son est meilleur à l’arrière. Nous n’aurons malheureusement pas l’occasion d’en profiter longtemps car voilà qu’après à peine quarante-cinq minutes de musique, rappel compris, le concert est déjà terminé. C’est un record personnel de durée de spectacle, mais ce n’est pas très sérieux, il est quand même des scènes où l’on respecte un peu plus le spectateur. Cela ne retire rien aux qualités indiscutables de ce groupe et à leur musique, mais avec un peu plus de sueur et de muscle, c’eût été bien aussi (voire mieux).

Le lendemain matin, poursuivant nos pérégrinations dans Berlin, nous visitons le Neues Museum. Là encore, ce bâtiment magnifie cette idée de soigner les plaies de la guerre, sans les effacer tout à fait. A l’instar du bunker visité la veille, mais pour une toute autre expression artistique, en l’occurrence les antiquités égyptiennes accumulés par les archéologues allemands aux XIXème et XXème siècles. Le musée fut construit à cette fin au milieu du XIXème siècle (architecture néoclassique), mais fut fort abîmé par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, puis abandonné en l’état (triste, mais très romantique état) pendant soixante-dix ans.

Il a été restauré selon un principe habile de conservation du bâtiment, les parties anciennes abîmées (colonnes, peintures murales, moulures etc.) étant totalement intégrées à l’architecture contemporaine de la rénovation (briques, verre…). L’immeuble y retrouve toute sa superbe passée, notamment ses volumes, mais en conservant les stigmates de son effondrement. En son sein, y sont présentées des collections d’une richesse inouïe, si tant est qu’on ne sait plus où jeter ses regards devant tant de merveilles.

En sortant, m’est apparue une évidence, il est urgent de bombarder le Louvre pour le reconstruire.

Sébastien

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