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Live

The Voodoo Glow Skulls - le 9 mai 2007

La Maroquinerie, Paris

jeudi 10 mai 2007, par Arthur Lutz, Christopher Montel

Quand tu parles pas espagnol, Voodoo Glow Skulls, c’est encore dix fois mieux. Tu beugles, tu oïes, tu sautes, tu cries, parce que t’as l’impression d’entendre une langue inventée spécialement pour le ska punk à la sauce Voodoo.

El baile de los locos ! Ptuey ptua dwa tduey pley ! El baile de los locos ! Ptouah ! Pwa ! Puedwe estwapa !

Mais quand tu trouves les paroles sur Internet, tu te rends compte que c’est bel et bien de l’espagnol, et même si c’est facile à oublier quand tu les vois en live ou que tu les mets à fond chez toi, le mythe Voodoo en prend un sacré coup :

El baile de los locos ! El ritmo te va matar ! El baile de los locos ! No lo puedes escapar !

Les gigantesques Voodoo Glow Skulls nous ont donné hier soir, le 9 mai 2007, deux heures de pur assourdissement. Nos oreilles en bourdonnent encore après le lever pénible de ce matin. On nous avait pourtant donné nos boules-quiès à l’entrée.

On a eu trois groupes pour le prix d’un, en première partie, et le public n’était pas vraiment tendre, comme d’habitude. Lorsque le troisième groupe demandait si la salle était chaude, les salauds gueulaient : On s’en tape, on se chauffe pour les Voodoo putain !. On leur souhaite que du bonheur, mais si il y a un quatrième groupe avant les Voodoo, on casse tout ! Mais tout va bien, après les accordements, les tests son, ils arrivent tous, Jerry O’Neil à la batterie, Frank Casillas entouré de ses deux frères Jorge et Eddie, James Hernandez et son ténor, puis le magnifique Brodie Johnson et son trombone.

Même si l’énergie était toujours là, même s’ils avaient carte blanche face à un public de fanas invétérés, même si les pogos ont commencé dès le premier morceau « Human Piñata », on pouvait sentir chez les fabuleux musiciens de Voodoo Glow Skulls une lassitude de routine, parfois même une certaine nonchalance. Les meilleurs morceaux se succédaient, piochés dans tous les albums depuis 1993, sans les délires de scène qui les rendaient jadis si uniques. Après que le troisième bourrin gueule à partir de la scène Sarkozy enculé !, Frank Casillas commence à comprendre que le public ici à Paris reste bloqué sur une idée fixe, et décide d’enchaîner sur « Shoot the Moon », sous les beuglements de joie haineuse et communiante.

Soudain, un petit rasé alcoolisé et enragé, qui gueulait dans la foule depuis dix minutes pour qu’on joue sa chanson, trouve un silence de quelques secondes, juste avant le début du prochain morceau, et tente le coup une dernière fois :

Aile Baïlé dé los Locoooos !

Frank Casillas, micro à la bouche, sur le point de démarrer une autre chanson vraisemblablement déjà programmée, s’arrête en pleine inspiration, hésite un quart de seconde, puis sans bouger la tête donne le signal aux autres :

El-Baile-de-los-Lo-cos !

La fosse maintenant se déchaîne pour de bon, les digues humaines s’effondrent, ceux devant s’écrasent contre le rebord de la scène, jetés par les courants furieux. Les vénèrs prennent du rab partout où ils le trouvent, on frappe en l’air, on s’accroche, on fonce dans le tas, mais toujours en s’excusant, une main sur son coeur et l’autre sur l’épaule du camarade, lorsqu’on sent qu’on a pu lui faire du mal.

Même dix ans après, même en live, avec des musiciens que l’on sent un peu moins en transe sur scène par l’effet de leur propre génie, ce morceau restera, pour toujours peut-être, la chanson emblématique du groupe, son rugissement le plus authentique, son avalanche arbitraire de rythmes et de cacophonies cuivrées et distordues la plus maîtrisée.

Épuisé, le public en demandait encore, et les Voodoo ont su enchaîner à la toute fin trois morceaux de leur nouvel album (enfin, en tout cas, inconnus au bataillon), avec, pour finir, une valse funèbre à vous botter le cul. Un excellent concert parisien somme toute, où le public n’était pas celui que les pauvres musikos étrangers doivent d’habitude se tuer à essayer de décomplexer. Ici c’était plutôt le public qui menait la transe.

Un peu plus d’enthousiasme, de défoulement, les Voodoo ! On sait que pour vous ces chansons deviennent peut-être un peu répétitives, à force de les jouer, mais il faut nous laisser croire sans douter que vous croyez vous-même, à 100%, à l’envoûtement toujours aussi absolu du public par votre musique !

Chris et Art... vraiment, vaiment épuisés...

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