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Robert Plant à Paris - 9 novembre 2005

lundi 14 novembre 2005, par Sébastien Bourdon

Il en est du cinéphile comme du mélomane (ou du bibliophile et que sais-je encore), on consomme ce que l’on aime, en quantité (ce sont les joies de la société de consommation, elles existent, n’écoutez pas tout ce qu’on vous raconte) et on en tire des satisfactions indéniables. Et puis, parfois, pas si souvent, un vrai truc important sort du lot et vous illumine. Pour ce qui concerne le cinéma, vient immédiatement le splendide « Million dollar babies » d’Eastwood. Pour la musique, le concert de Robert Plant à l’Olympia du 9 novembre a la même vertu.

Depuis maintenant deux albums (« Dreamland » et « Mighty Rearranger », même si sur ce dernier opus un nouveau guitariste et un nouveau bassiste ont intégré le groupe), Robert Plant est accompagné d’un groupe les Strange Sensation et il y a trouvé là une occasion de relancer sa carrière solo (qui est maintenant plus longue que ne fut la vie du Zeppelin et plutôt pas honteuse contrairement à nombre de vedettes vieillissantes des glorieuses sixties et seventies) par une créativité et une fraîcheur complètement incroyable. Les disques cités le démontraient, la prestation live enfonce le clou.

Ce groupe composé essentiellement de types qui auraient l’âge d’être ses enfants (basse, clavier, deux guitares et batterie), venus d’horizons divers sans être d’horribles requins de studio californiens (par exemple, Clive Deamer, le batteur, œuvrait auparavant au sein de Portishead et Roni Size, le clavier John Baggot a également travaillé avec Portishead et Massive Attack, bref à mille lieux du rock zeppelinien) et qui apporte une nouvelle crédibilité artistique au travail de Robert Plant. Et c’est là la bonne idée. Si « No Quarter » album de retrouvailles rock et ethniques avec Jimmy Page avait enchanté, l’album suivant, « Walking into Clarksdale » avait indéniablement déçu. Seuls les concerts de ces vieux briscards étaient restés à la hauteur. Page était ensuite reparti pour une très belle tournée avec les Black Crowes (le double album live qui en est tiré est hautement recommandé) puis semble maintenant en préretraite (somme toute bien méritée). Plant, visiblement jamais rassasié remet lui énergiquement le couvert.

Ce qui nous amène au concert du 9 novembre, troisième passage parisien de Plant et son groupe depuis la sortie de « Mighty Rearranger », après un concert sur France Inter (disque disponible avec le nouvel album) et une prestation acclamée au festival Rock en Seine en août dernier.
Le concert est complet. Après une première partie pénible et vite oubliée - The Legendary Shack Shakers, à 21 heure 30 et des brouettes entrent en scène les Strange Sensation. Un titre du premier album (sauf erreur, « Tin Pan Valley ») est somptueusement exécuté (superbe solo de guitare) et immédiatement après, mettant tout de suite une salle pourtant conquise, à genoux, un extraordinaire « Black Dog » (Led Zeppelin IV). Le titre est reconnaissable mais surprenant, donnant visiblement à son interprète un plaisir nouveau et évident à l’interpréter. Chaque titre de Led Zeppelin joué ce soir là (« Misty mountain hop », « Gallows pole », « Going to California » - qui tirera des larmes à tout le monde, « When the leeve breaks »...) obéira à ce principe de relecture ébouriffante. Joués comme ce qu’ils sont, à savoir des standards, mais avec une liberté étonnante et enthousiasmante. Robert Plant, diablement épaulé, se réapproprie un répertoire qui est le sien et, sans donner l’impression de voler ses anciens acolytes de Led Zeppelin, donne de la joie aux spectateurs novices comme aux nostalgiques, sans jamais être putassier. Vieillir peut être un art.

Même les titres récents sont joués sans entrer dans le cadre strict (et pourtant superbe) de l’album « Mighty Rearranger ».

Plant a un moment même présenté - et c’est vrai puisque « Dreamland » était un album de reprises (Dylan, Tim Buckley, Hendrix...) - son groupe comme un coverband et a donc envoyé dans la stratosphère des reprises de Love (« Seven & Seven is ») et Hendrix (« Hey Joe »).

Le concert s’est terminé sur un « Whole lotta love » d’anthologie. Ce morceau est déjà une tuerie mais là... La salle a hurlé, le groupe a tout donné. Comme le disait un spectateur de mes amis « C’est la première fois, du moins après un concert réussi, que je suis satisfait que le concert se termine, tout rappel supplémentaire aurait été une faute de goût. » (Alain L. Paris, le 9 novembre 2005).

Nous sommes sortis de la salle avec des étoiles dans les yeux.

Cet appétit de jouer ressemblait à la jeunesse éternelle et c’était beau. La quintessence du grand concert, de la créativité, du talent, de la générosité.

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