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Monster Magnet

Le retour aux sources...

vendredi 5 mars 2004, par Paul Kirkness

Nous avons eu, il y a de ça quelque jours, l’immense joie de redécouvrir un de ces groupes qui fait le rock. Après avoir été des fans de Powertrip, l’album sorti en 1998, Monster Magnet nous avait tous un peu déçu avec God Says No... Mais voilà que tout est réparé. Le petit dernier de l’équipe du grand manitou, David Wyndorf, est là. Et c’est une merveille...

"I’m never gonna work another day in my life !"

Pendant deux années, j’ai exploré l’album Powertrip dans chaque détail, appréciant chacune des petites chansonnettes qu’il offrait à l’oreille à moitié sourde de l’adolescent metalleux... Puis survint God says no... et là, c’est la grosse déception. Vient une longue période où Monster Magnet ne s’écoute qu’en passant. Mais voilà que cette année le groupe sort Monolithic Baby !... Excellent album qui s’écoute et se réécoute. Un nouveau Powertrip bien conçu et plein de belles petites parties de guitare bien accrocheuses. Alors, après cent quarante huit écoutes de ce nouveau venu, j’ai décidé de redécouvrir les premiers albums du groupe.

Vers la fin des années 1970, il y avait le groupe Shrapnel. En son sein officiaient un certain Dave Wyndorf (chant) et le jeune Phil Caivano (basse). Mais tout ça c’est loin, très loin. C’est l’époque où ces deux messieurs prenaient plus de plaisir à brutaliser la côte Est des Etats Unis avec un punk bien trempé dans les Dead Kennedys ou les Ramones... C’est l’époque où CBGB’s, le célèbre club new-yorkais, raffolait des passages de Wyndorf qui provoquait la furie générale. On retrouvera le fameux Dave Wyndorf tout au long des quinze années de parcours de Monster Magnet.

S’il est vrai qu’après Shrapnel, on peut dire que Wyndorf s’est calmé, on ne peut pas dire que, pour autant, il décide d’arrêter le bruit. En effet, tout est relatif, et si les Magnet ne font plus dans le keupon grassouillet d’époque, ils n’en sont pas moins un groupe qui aime faire du BRUIT, qui aime les bons sons de guitare bien accrocheuses et le rock comme on n’en fait plus beaucoup. Ceux parmi vous qui ont eu la chance d’écouter un de leurs opus le savent.

Après la disparition de Shrapnel en 1989, Wyndorf rentre à Red Banks, dans le New Jersey et, avec quelques amis, il forme un groupe de rock qui ne s’appelle pas encore tout à fait Monster Magnet. On y retrouve John McBain, qui accompagne Wyndorf à la guitare, Joe Calandra à la basse et Jon Kleiman à la batterie. Après quelques questions forcément métaphysiques au sujet du nom de groupe à choisir, en 1990 c’est un premier EP qui sort de nulle part : il s’intitule Monster Magnet. Inutile de dire qu’après la galère de cette première année les membres du groupe sont très soulagés... Les deux démos K7 sortis en 1989, Forget about life, I’m high on dope et I’m high what are you gonna do about it ?, se vendent relativement peu.

Ce premier disque, il faut le savourer à partir du moment où vous êtes déjà un amateur averti de Monster Magnet. Le son des six titres n’est évidemment pas aussi produit que ceux qu’on a le loisir d’écouter plus tard dans leur carrière. Mais cette touche donne une ampleur bien crasse au disque qu’on peut apprécier à sa juste valeur. Les amplis sont usés, les guitares sont sur-saturées et la voix de Wyndorf est plus agressive. Que du bon... Wyndorf, qui a d’ailleurs décidé de se mettre à la guitare avec Monster Magnet, nous démontre à quel point il sait se servir d’une six cordes.

25....tab ne pourrait pas sonner plus différemment. Le disque est d’abord sorti en vinyle vers la fin de 1990 mais (pour une fois), c’est la version CD qui mérite l’écoute la plus
approfondie. Le titre « 25....tab » qui durait 18 minutes sur le vinyle, dure maintenant 14 minutes de plus et vous emmène dans un sombre voyage psychédélique sans les substances illicites. « Long Hair » démontre l’admiration que le groupe a pour Black Sabbath, avec ses riffs ombrageux et les solos à n’en plus finir.

La même année, c’est Spine of God qui sort... et là c’est le décollage de Monster Magnet. L’album devait, au départ, être diffusé de façon assez limitée, mais l’empressement des masses (n’ayons pas peur des mots) fait que le label . Ici encore, on a droit à un véritable exposé de ce à quoi ressemblerait un groupe des seventies dans les nineties. Monster Magnet commence de plus en plus à s’identifier à ce que les colleurs d’affichettes appellent le « stoner-rock ». Pour preuve, il faut écouter l’excellent « Nod Scene » avec ses paroles sur la sniff, sa guitare wah-wah et ses appels à fumer (le « smoke ! » de Wyndorf qui, par moments, semble chanter sous l’eau d’un bain...). « Black Mastermind » est un autre petit bijou de l’album. Cette apparence de groupe défoncé fait fureur au niveau de la presse, avide comme elle est de petits scandales... La pochette arrière nous le dit en gros : « It’s a satanic drug thing... you wouldn’t understand » (c’est un truc de drogues sataniques... vous ne comprendriez pas).

Plusieurs changements se produisent après Spine of God. D’abord, le guitariste McBain quitte le groupe cinq jours après le retour de la tournée. Il sera remplacé par l’excellent Ed Mundell (de Atomic Bitchwax), qui est encore en poste à la guitare solo en ce moment même. Mais le deuxième grand changement, c’est la proposition que fait la majeure A&M au cinq membres... La première réponse de Monster Magnet est négative : Wyndorf est persuadé que la signature avec un gros label entraînerait une restriction de ses libertés créatives. Lorsque A&M refait une proposition, deux mois plus tard, Wyndorf demande de faire stipuler une clause du contrat indiquant que le groupe dispose « d’une totale liberté de travail et d’écriture ». Satisfaits, Monster Magnet quitte Glitterhouse et entre alors dans le big-business musical, tout en étant toujours bien marginaux dans leur approche, qu’ils qualifient eux-mêmes de space-rock psyché.

Deux ans plus tard, après une tournée remarquée en première partie de Soundgarden, c’est l’album Superjudge qui sort dans les bacs. A cette époque, Kyuss commence à se faire un nom et le stoner-rock devient un peu à la mode pour un public de metalleux particulier. Monster Magnet va évidemment en bénéficier, sans pour autant que l’on puisse les accuser de copier. Leur style sur Superjudge en témoigne. Si Monster Magnet est stoner, et bien c’est autant que Led Zeppelin, MC5 ou Black Sabbath, dont il se rapproche plus que de Kyuss. « We are absolutely free !! » crie Wyndorf qui n’hésite pas à faire une reprise particulièrement intense de Hawkwind en hommage à sa plus grande source d’inspiration. Le titre « Brainstorm » sera un des plus grands succès de l’album.

L’année 1994 sera la consécration. Pour la première fois, Monster Magnet fait des tournées avec des premières parties aux renommées « respectables ». Paw, petit groupe du Kansas, ouvre pour eux en Europe et le groupe Raging Stab sur la tournée aux USA.

Continuons la belle histoire de Wyndorf and co. qui, en 1995, sortent Dopes to Infinity. Et là, tout le monde est sur le cul : les amateurs de seventies, les punk, les popeux, les rasés et les chevelus. On les retrouvera tous sur les tournées du groupe où le groupe se dévoile une bonne fois pour toute. Les concerts parisiens du groupe pour la tournée de 1995 sont vendus en quelques jours... Le groupe se fait une belle renommée grâce à ses jeux de lumières, réalisés par l’ingénieur Tim Cronin. Les ambiances des salles de concert sont alors gonflées pleines de lumières astrales, de petites étoiles filantes et de couleurs psychédéliques.

Il me semble avoir fait une analyse suffisamment élogieuse de Powertrip. Tout n’est pourtant pas dit car Powertrip a un véritable message. En 1996, Wyndorf s’était longtemps plaint de sa relation avec A&M, critiquant le business homogénéisant... Après une lettre de démission qui tombe à la trappe, le groupe accepte de renégocier son contrat. A&M devra dorénavant leur donner une liberté absolue sur les albums à venir. Powertrip sera l’ultime test.

L’album est écrit en 21 jours par Dave Wyndorf dans un hôtel de Las Vegas, la ville des rêves perdus. Puis il sera enregistré à Los Angeles, la ville où les gens veulent tous ressembler à un autre. Les paroles de l’album sont incisives : une critique de cette société américaine qui en veut toujours plus (sexe, argent, pouvoir...) ; critique de ces libertés qui disparaissent ; de cette industrie du disque qui ouvre la voie à des stars d’un jour... Plus que les autres albums, Powertrip est un album « politique » qui a le mérite d’être intelligent dans sa conception des paroles. C’est une bonne analyse de la corruption du rêve américain qui nous est présenté. Il reste aussi un must au niveau musical, où Monster Magnet reste unique dans son approche metallique des années 1960 et 1970. Le meilleur conseil à donner est de porter votre oreille sur le matériel que contient cet album. Toutefois, si vous avez peur des malédictions n’écoutez pas les titres 4, 5, 8, 11 et 11 qui ont été soi-disant maudits par un sorcier, ami du groupe...

Phil Caivano, que l’on retrouvait dans Shrapnel, viendra rejoindre les Monster Magnet à la guitare en 1998, pour l’enregistrement de God Says No qui sortira en 2000... un album dont je vous ai déjà dit qu’il m’avait déçu. Il faut dire que la situation était prévisible. Lorsqu’on écoute un disque comme Powertrip au moins une fois par jour, on se fait à des sons, à une qualité générale difficile à retrouver... Mais oublions, God Says No se laissait quand même écouter et des titres comme « Melt » ou « Heads explode » rappellent l’excellent(issime) « See you in hell » de Powertrip. En fait, il semblerait que Wyndorf nous joue l’avocat du diable sur ce God says no (pardonnez moi le jeu de mot pourri). Ce cher monsieur aime à se prouver qu’il est capable d’évoluer, et si l’ensemble de l’album paraît plus commercial que les précédents, reste que le talent d’un Caivano ou d’un Wyndorf suffisent à produire du bonheur !

Et voilà... une bien longue analyse de l’histoire de ce groupe de rock. Un groupe qui a ouvert la voie à d’autres formations brillantes comme Karma to Burn ou même les Spiritual Beggars de Suède qui avouèrent à plusieurs reprises que les productions de Monster Magnet comptait beaucoup pour leurs propres orientations. Kyuss, avec en particulier le sieur Josh Homme (qui fondera le fabuleux Slo Burn), les adoraient et auraient adoré faire un double concert live si seulement ils n’avaient pas splitté trop tôt. Chris Cornell fait part de son admiration à l’époque ou celui-ci est encore le chanteur de Soundgarden.

Si, après tant de lectures, vous souhaitez encore lire la chronique du nouvel album de Monster Magnet, Monolithic Baby !, je ne peux que vous encourager à vous ruer sur ce lien Monolithic Baby !...

Polo

Messages

  • Cher Paul,

    Slo Burn n’a jamais été fondé par Josh Homme mais par John Garcia, ex chanteur de Kyuss. Josh Homme a quant à lui, après avoir assuré la guitare de Kyuss, fondé les Queens Of The Stone Age, groupe dans lequel il assure également une partie du chant (avec Nick Oliveri ex Kyuss et Mark Lanegan ex Screaming Trees). Ces jeunes, il faut tout leur expliquer...

    Sébastien

    • Tu as parfaitement raison... Mea culpa. Je vous assure qu’il ne s’agit là que d’un glissement de mémoire. J’adore Queens of the Stone Age (le groupe de Homme)... et j’adore Slo Burn (le groupe à la vie très ephémère de John Garcia). J’ai confondu les noms... ça arrive !

  • Mouais...Monster Magnet était un groupe super excitant à l’époque des trois 1er albums psyché. Rien de ce qui se faisait ou se fait encore dans le style ne pouvait les égaler. Pas même Kyuss, qui sont les co-inventeurs du style. Mais Monster Magnet est malheureusement sortie de la dimension parallèle dans laquelle il planait pour revenir à la triste réalité terrienne. Powertrip est alors sorti et nous a montré un groupe transformé. Suivront God Says No et le dernier. Ces 3 derniers album sont dans l’absolu de bons albums mais vraiment décevants par rapport aux précédents. MM est devenu un groupe beaucoup + classique, prévisible. Le côté psyché a casi disparu. Les paillettes ont remplacé la crasse et le côté infectieux qui faisait tous le charme et la crédibilité du groupe. Les albums sont désormais trop bien produits (un son presque FM, trop clean, trop lisse). Et qu’est ce que c’est que cette attitude bidon sur scène avec tous les clichés (nanas à poil, muscu, poses de rock star ). Ils se la pétent R’n’R attitude et c’est ridicule. Tout cela ressemble fort à l’esprit de groupes de Hard rock glamour qu’ils disent pourtant détester. Avant cette R’n’R attitude ils l’avaient naturellement. Comme beaucoup je repense avec nostalgie à l’époque où Monster magnet semblait sous acide...je me souviens et je regrette. Quand Dave Wyndorf va t’il comprendre qu’il fait fausse route ? Peut-être quand il en aura marre de se faire botter le cul par les 1ère partie de MM comme Queens of the stone age (hier) et Gluecifer (aujourd’hui).

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