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La Bataille du Rail

dimanche 5 février 2017, par Sébastien Bourdon

Écouter le dernier Marillion ("FEAR") en descendant dans la ligne 13 et se trouver soudainement empli d’une immense mélancolie, vraisemblablement provoquée par la musique, en notes justes si bien organisées.

Dans le métro, déjà bondé de passagers un samedi matin, une famille entre avec des bagages encombrants. Le jeune garçon arbore un sourire extatique, il taquine sa petite sœur. Il part au ski c’est évident.

À les regarder s’agiter, des souvenirs de petite enfance remontent de manière impromptue, ma petite sœur le front en sang, après une mauvaise chute quand nous faisions les idiots, me suppliant de ne pas le dire à mon père (alors qu’elle ne risquait évidemment pas de se faire gronder).

Cette promesse de pentes enneigées à prochainement dévaler, on la retrouve dans la ligne 14 qui prend aujourd’hui des allures de téléphérique menant aux pistes. Toujours cette étrange coutume du voyageur bientôt alpin que de porter dans la capitale la plus élégante du monde des vêtements qui sont déjà en soi une insulte à la montagne.

À la Gare de Lyon, croiser tous ces gens qui partent vers les sommets enneigés avec l’enthousiasme d’un mineur craignant le coup de grisou, et qui en ont oublié le moindre savoir vivre, piétinant autrui avec force Moon-boots et valises à roulettes, obligeant à une stratégie physique guerrière pour parvenir à s’acheter le Monde...Diplomatique.

Il pleut à verse sur Paris et glissant sont les quais sur lesquels se sont rués en masse les vacanciers pour ne surtout pas manquer un train... qui est évidemment en retard.

Le monde semble chaque jour plus incertain, mais les éternels et habituels dérèglements d’un quotidien sans gravité sont de nature à presque nous rasséréner (ainsi de l’absence d’eau ou de savon dans les toilettes de la rame).

Il n’en demeure pas moins que ce départ qui ressemble en nombre et en abrutissement à une transhumance de bovins tourne à l’absurdité absolue quand le train est à l’arrêt. Nous étions venus pour le mouvement, nous voilà obligés à la promiscuité immobile.

Ceux qui ont opté pour la tenue de neige complète dès le départ vont avoir l’air idiot plus longtemps, c’est une modeste satisfaction. Ça vous apprendra à porter une laine polaire.

Un suicide sur la voie un jour de départ en vacances, ça doit être un complot, on ne respecterait donc plus rien, pas même les congés des bourgeois.

Ceci posé, on ne peut blâmer cet impétrant lassé de l’existence terrestre, autant mettre fin à ses jours aux heures de pointe, on risque moins de se rater...

Assis dans ce véhicule bloqué, on appréhende l’arrivée tardive en station de montagne, avec la longue série d’obligations et sujétions qui ouvre le bal des vacances à la neige ("la settimana bianca" comme le disent joliment les italiens). Tout va se trouver décalé d’autant, avec une marmaille qui promet d’être aussi peu coopérative que possible.

Dire qu’on pourrait être au cinéma en matinée (ou, soyons honnête intellectuellement, au supermarché le plus proche pour les courses hebdomadaires).

Le suspens SNCF est insoutenable : Le train est retardé de deux heures. Il va finalement démarrer. Ah non, on nous annonce que le mécanicien doit opérer une ultime vérification. Une telle rigueur technique et ce souci de communiquer en temps réel honorent cette vénérable institution des rails.

Et puis, finalement, redonnant une cohérence à notre provisoire habitacle, nous roulons enfin vers les sommets glacés à travers l’humide campagne française.

On se remet à écouter Marillion, au dehors percent même quelques inattendus rayons de soleil au travers de l’épaisse couche nuageuse. "What happened to the colours, the different shades of white" chante Steve Hogarth.

Enfant, on voyait ces vacances comme quelque chose de joyeusement immuable, dans ce drôle de monde adulte, on se dit que cela pourrait aussi bien s’arrêter demain.

Soyons serein, on part au ski, pas à la guerre.

Sébastien

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