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God is Dead

Opeth (+ Myrkur), le 22 novembre 2016 – Le Trianon

jeudi 24 novembre 2016, par Sébastien Bourdon

Opeth (+ Myrkur), le 22 novembre 2016 – Le Trianon

Une fois n’est pas coutume, en entrant dans la salle, notre oreille est saisie par de douces mélopées qui s’avèrent interprétées par des jeunes femmes blondes en robe noire. Ces créatures, diaphanes comme il se doit, composent le groupe Myrkur, et nous susurrent des mélodies éthérées à l’étrangeté maîtrisée. Il paraît que ce combo relève de la mouvance black metal. Ce n’est plus ce que c’était le black métal. Ou alors j’ai vieilli.

En tout cas, voilà une première partie durant laquelle on peut finir son sandwich sans risque de bousculade. Et la vision de ces jeunes femmes gothico-romantiques n’est pas pour me déplaire, sans que leur musique n’apparaisse toutefois particulièrement transcendante.

Cette introduction achevée, le très bel endroit qu’est le Trianon se prête à la flânerie, entre bière fraîche et petit tour au stand du merchandising. J’y fais la connaissance du garçon sympathique qui y officie (il vient de « Philly », Philadelphie, s’il y en a que ça intéresse) avec lequel j’entame derechef une conversation. En effet, je découvre entre autres objets proposés à la vente des baguettes garanties usagées du merveilleux frappeur d’Opeth, Martin « Axe » Axenrot. Je m’étonne auprès de lui de ce qu’on les offre moyennant finances, quand le jeu est plutôt de tenter de les saisir au vol à l’issue d’un concert.

Cette constatation nous amène à deviser des mérites comparés de l’espoir et de l’argent. On ne se défait pas de l’idée qu’il vaut mieux une vie à voir voler des baguettes au-dessus de sa tête dans l’espoir d’en attraper une, car quelle triste et pathétique gloire y a-t-il à les acheter ?

De retour dans la salle, derrière moi deux types débattent d’une épineuse traditionnelle question : « Opeth, ça envoie ou pas ? » Heureusement, l’un en connaît un autre qui les a vus hier et qui a trouvé que « ça envoyait ». Nous voilà donc rassurés, mais étions-nous vraiment inquiets ?

Le concert s’ouvre avec le très beau et puissant extrait du dernier opus du même nom, « Sorceress ». Si le groupe met de plus en plus de côté ses racines death metal, il n’en compose pas moins toujours des riffs diablement efficaces. L’effet est immédiat, le sol sous nos pieds semble tanguer lorsque s’agitent en rythme les spectateurs qui calent leurs mouvements de tête et de pieds sur la double pédale d’Axenrot.

Il n’est pas opportun de reprendre par le menu les titres joués, on va ennuyer le néophyte ou les lectrices (si elles existent), mais une évidente constatation s’impose et vaut d’être ici énoncée : qu’ils interprètent des titres récents comme des choses extraites de leur répertoire plus ancien, nonobstant leur goût prononcé pour le changement et l’absence de redite, sur scène, le répertoire d’Opeth sonne comme un tout cohérent. Leur musique forme un ensemble harmonieux et puissant, toujours admirablement interprété, et avec le sourire.

Ainsi, lorsque l’on parle à chaque nouveau disque d’une évolution flagrante, il semble que l’on oublie à quel point la carrière des suédois suit une progression logique, chaque expérimentation amenant à une autre, et combien la beauté et l’intensité de leur démarche se mesure formidablement sur scène.

Leurs racines musicales, directement tirées des glorieuses seventies, trouvent dans leurs compositions une jeunesse et une fraîcheur inattendues. Ainsi, le solo de guitare du morceau « Cusp of Eternity » vous donne la sensation de ne pas forcément être né trop tard dans un monde trop vieux. Que le merveilleux Frederik Akesson soit éternellement remercié pour ses notes dont la progression harmonique est belle à pleurer.

De son côté, le leader Mikael Akerfeldt ne growle plus ou presque, et cela ne revient donc dans le concert que comme une survivance du passé. Cette sauvagerie ne devrait pourtant jamais être écartée tant elle illumine d’un sombre éclat leur musique.

Pour le reste, le groupe a intelligemment alterné les extraits les plus délicats de leur répertoire (« In my Time of Need »), incontournables extraits de « Blackwater Park » ("The Drapery Falls"), avec leurs compositions alambiquées et sombres, dont un « Deliverance » qui clôtura le concert avec d’autant plus de munificence que ce titre s’étire et serpente sur près d’un quart d’heure.

Le seul bémol de la soirée fut de constater une fois de plus comme la musique parfois extrêmement délicate et subtile d’Opeth ne suffit pourtant pas à faire taire les ivrognes et autres indélicats, présents en petit nombre, mais particulièrement polluants. Ils se distinguent ainsi entre blagues vaseuses (« mais arrête de me sucer la bite »), tee-shirts idiots (« je n’ai pas besoin de sexe, l’Etat me baise tous les jours ») et propension à s’agiter quand cela n’est absolument pas nécessaire. Il ne faut jamais désespérer de l’humanité, elle peut toujours désespérer plus encore.

Heureusement, il reste la musique, et elle gagne à la fin.

Sébastien

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