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Campfire Music

Opeth, le Trianon, le 17 octobre 2015

lundi 26 octobre 2015, par Sébastien Bourdon

La veille au soir, mon dernier né et moi avions contemplé, effarés et désarmés, les flammes dévorer tout un immeuble et une carrosserie à quelques mètres de chez nous. L’effroi produit face à ce phénomène pour le moins menaçant ressemblait sans doute à celui qui traversait l’homme primitif face au feu dans la forêt (aujourd’hui, hourra, voilà les pompiers !). Les flammes de l’enfer, réellement, et nettement moins festives que les fumigènes du Hellfest.

Après toutes ces émotions négatives, nous avions donc bien mérité un remontant, aussi le lendemain soir, Opeth tombait bien. D’ailleurs, Opeth tombe toujours bien. Comme me le disait mon fils cadet en me voyant l’abandonner avec ses frères aux mains d’une baby-sitter : « la chance !!! ».

Cette tournée automnale de nos amis suédois est axée sous le signe de la célébration d’un album charnière dans la carrière du groupe, « Ghost Reveries » (2005). La soirée se décomposera donc en deux parties, la première étant consacrée à une interprétation in extenso dudit album, quand la deuxième fera l’objet d’une promenade vivifiante dans la carrière du groupe. Entre les deux, il nous sera loisible de boire une bière ou d’acheter du merchandising. Je souhaitais d’ailleurs acquérir un bonnet puisque ce mois d’octobre bat des records de fraîcheur historiques, las, ils n’en ont point ces idiots.

A dix-neuf heures, alors que nous pénétrons tout juste dans la salle, le concert débute tout juste et vigoureusement. Alors que nous flirtons avec le bord de la scène, côté droit pour être précis, nous déplorons un son un peu faible et une balance vaguement déséquilibrée, phénomène qui ne perdurera pas, l’amélioration étant heureusement rapide.

Posons un peu les termes du débat avant d’aller plus avant dans le spectacle lui-même. Une chose frappe durant les concerts de ce groupe, le peu de téléphones brandis par les spectateurs, preuve s’il en était encore besoin de l’incroyable écoute dont bénéficient ces musiciens. Ne nous méprenons donc pas, voilà un groupe qui attire d’abord les mélomanes attentionnés et passionnés (le groupe est d’ailleurs à l’image de ses fans). Cela se justifie d’autant plus qu’Opeth, venu du death metal, n’hésite pas dans sa musique à aborder diverses atmosphères, parfois d’une grande délicatesse.

Las, on dénote tout de même la présence de quelques « relous » (des provinciaux certainement) qui trouvent justifiés de faire du bruit, notamment dans les moments les plus aériens. C’est le problème des formations subtiles, si « metal » soient-elle, elles ne couvrent pas forcément tout le temps la laideur du monde à grands renforts de guitares saturées. Le groupe dispose toutefois de pièces particulièrement écrasantes, telles « The Grand Conjuration », dont le rendu à plein volume étouffe enfin un peu le bruit des buveurs. Le problème est qu’ils « dansent » parfois aussi ces cons là ! Mais ils ne gâteront rien, tant la munificence d’Opeth nous réjouit.

A l’issue d’un premier set qui a rendu justice à la grande subtilité de l’album, et après la pause prévue (pour retrouver backstage les filles et la drogue comme le dira, le toujours pince-sans-rire Mikaël Akerfeldt), le groupe embraye sur une visite de sa discographie. La rapidité et l’efficacité avec laquelle les choses reprennent leur cours donne l’impression que les musiciens sont comme libérés de l’exercice un peu scolaire et systématique que consistait en l’interprétation d’un album entier, dans l’ordre.

Le doublé qui fait l’ouverture de leur dernier album « Pale Communion » (2014), « Eternal Rain Will Come » et « Cusp of Eternity », nous emmène tout de suite très haut, avec puissance et grâce (mention doit être faite au splendide solo de Fredrik Akesson). D’autres morceaux pas moins enthousiasmants sont joués, comme « The Leper Affinity », extrait de ce favori des fans qu’est l’album « Blackwater Park » (2001). La ferveur du public est présente à tous les étages du Trianon et c’est pourtant l’exact moment que choisit Akerfeldt pour torturer un peu son audience en se contentant d’interpréter quelques notes de divers morceaux sollicités par les spectateurs.

En réalité, Opeth n’a nulle envie de céder à la facilité et le groupe enchaîne donc avec des choses plus rares et parfois posées telles que l’enchanteur « To Rid the Disease », extrait de l’album « Damnation » (2003). Ne cédant ainsi à aucune putasserie, Opeth poursuit le concert dans cette voie, ne rejetant également pas des pièces plus expérimentales, nécessitant une dextérité et une finesse que ne saurait pallier un son poussé à plein volume. Dans ce cadre exigeant, on réalise à quel point ces types jouent bien, laissant à chacun sa place, les notes des uns n’empiétant pas sur celles des autres (mention particulière au batteur Martin Axenrot à qui il est parfois reproché de frapper trop fort, grief qui ne saurait plus lui être fait tant son jeu peut maintenant être souple et délicat).

Certains esprits chagrins pourraient se plaindre de la tournure que prennent les disques et les concerts de ce groupe, mais ne nous leurrons pas, les récriminations des amateurs de seule bestialité en seront pour leurs frais, Opeth ne fera que bon lui semble.

En réalité, en ce très beau samedi soir, les suédois ont une nouvelle fois rendu à cette musique qu’ils jouent de plus en plus toute la noblesse de l’appellation « rock progressif », à mille lieux des cavalcades démonstratives et inutiles pratiquées par certains groupes se revendiquant de ce mouvement musical. On ne s’en plaindra surtout pas.

Sébastien

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