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Bad things happen, but you can still live

« Super 8 » de J. J. Abrams

vendredi 12 août 2011, par Sébastien Bourdon

Si vous avez 40 ans et plus, vous souvenez forcément de votre premier film de Spielberg au cinéma.

Enfant, j’ai eu peur de l’eau pendant des années avec la seule affiche des « Dents de la Mer », j’en ai même cultivé une réelle obsession pour cet animal, jusqu’à – encore aujourd’hui – compulser tout ce qui peut se rapporter aux squales. Je me souviens avoir vu « Indiana Jones » au cinéma avec ma grand-mère à Chatou. Impossible de trouver un film qui se collait autant à toutes mes peurs et passions de cet âge. Je n’ai rien oublié de ce film, des trésors enfouis, aux serpents qui les gardent.

J.J. Abrams, fort de la même expérience rétinienne, en est devenu cinéaste. Plus jeune que son mentor, avec une expérience différente, il colle à l’époque en produisant notamment des séries à succès, « Alias » et « LOST », les films de ses amis (l’excellent « Cloverfield » de Matt Reeves) et en réalisant lui-même des opérations cinématographiques de recyclage de ses passions de jeunesse (« Star Trek », « Mission Impossible »). S’il a pu ainsi contribuer à massivement nous distraire, il m’a toujours semblé que sa production manquait un peu de fond. En effet, n’oublions pas que de son côté, son mentor Spielberg avait fait appel à Truffaut pour jouer dans « Rencontres du 3ème Type » (1977).

Parce qu’on a ses lectures habituelles et attitrées, en voyant la couverture et le nombre de pages consacrées au film « Super 8 » dans les Cahiers du cinéma, et donc armé de la conviction que cela allait me plaire, je me suis rué sitôt les vacances achevées dans une salle obscure. J’ai ri, j’ai tremblé et j’ai pleuré. Abrams est convaincu de la puissance du 7ème art car il la partage avec le spectateur, mais la développe ici comme cinéaste.

L’exercice est difficile, de l’histoire il ne faut point trop en dire, sous peine de gâcher quelques effets. Dans une banlieue américaine à la fin des années 70, un pré-adolescent perd sa mère et s’enfonce un peu plus encore dans ses rêveries de cinéma fantastique, auprès d’un père policier qui ne le comprend pas vraiment, recroquevillé qu’il est lui-même dans son chagrin. Avec sa troupe d’amis, ils se lancent, armés d’une caméra, dans la réalisation en Super 8 d’un film de zombies, pensé, écrit et dirigé de main de maître par le plus gros d’entre eux. Au cours dudit tournage, un accident extraordinaire se produit, faisant d’eux les témoins malgré eux d’un secret d’Etat fort bien gardé depuis plusieurs années. S’ensuivent une foule de péripéties qu’il appartient au spectateur de découvrir.

Le film, extrêmement spielbergien dans son développement, prend toutefois ses distances avec l’œuvre du maître pour se transformer en une déclaration d’amour au cinéma lui-même. Les enfants s’en aperçoivent eux-mêmes avec stupéfaction, lorsque l’on filme, la vie peut soudain jaillir (surtout si c’est une fille que l’on met devant l’objectif). La pellicule permet d’immortaliser les jolies filles à qui l’on ose à peine parler, et ressuscite les morts (ce qui est cohérent puisque les enfants tournent un film de… morts-vivants).

Tout est subtil, rien n’est putassier. Ainsi, le réalisateur rit de ses pairs : l’enfant cinéaste en devenir est un démiurge assoiffé qui se saisit de tout pour alimenter son œuvre – « production value !! » - des évènements extérieurs à la proposition de destruction des jouets de ses amis (ceux du héros). Surtout, l’opus ne se dépare jamais d’une délicate tristesse qui en fait toute l’élégance (je me suis juré de faire une chronique sans écrire « mélancolie »). La libération finale du spectateur qui ne peut se faire que par un rite de passage a laissé un peu de sel sur nos joues.

On me décriera sans doute pour ces mots, j’ai déjà les noms des meneurs, mais je l’affirme, ce film est un petit chef d’œuvre.

Sébastien

P.S. Read-list :

« Juliet, naked » Nick Hornby : mon épouse, une femme charmante, l’avait lue, amusée et terrifiée par certains traits communs entre l’un des personnages principaux et son mari. Du coup, inquiet, je l’ai lu. Elle s’est complètement trompée, je n’ai rien à voir avec Duncan.

« Les voleurs de temps » Tony Hillerman : je ne suis pas un grand lecteur de polars, mais je suis toujours envoûté par la prose d’Hillerman. Le mélange habile de l’énigme policière et du folklore indien est souvent haletant.

« Comment le peuple juif fut inventé » Shlomo Sand : ouvrage historiographique dense, savant et passionnant, dans lequel cet historien israélien remet en question le concept sioniste de « peuple juif » pour promouvoir « l’idée qu’Israël devrait être l’État de tous ses citoyens — juifs, arabes et autres — plutôt que de se revendiquer comme un État juif et démocratique » (Tom Segev).

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