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Tomorrow, I’ll be crying

King Crimson, Salle Pleyel, le 3 décembre 2016

dimanche 4 décembre 2016, par Sébastien Bourdon

King Crimson, salle Pleyel, le 3 décembre 2016

La Philarmonie parisienne ayant fini par ouvrir ses portes, la salle Pleyel est désormais interdite de musique classique. Mais où commence et où s’achève le classique, allez savoir ?

Ce soir, le guitariste Robert Fripp, fondateur et seule membre permanent de King Crimson, envahit donc les beaux quartiers de la capitale avec son rock progressif au goût très sûr depuis 1969. La population présente est toutefois étonnamment fraîche... non je plaisante, visiblement, ils étaient nombreux à avoir vingt ans en 1970. Si jeune soit cette musique dans son essence, c’était quand même un concert de "vieux".

Encore étudiant, j’avais un camarade de fond d’amphi qui ne jurait que par ce groupe. Je me souviens de sa chambre, bordélique et sentant le tabac froid, dans laquelle nous écoutions religieusement "Lizard" (1970) ou "Larks Tongues in Aspic" (1973). Il me prenait un peu de haut avec mes disques d’Aerosmtih et de Kiss, jusqu’au jour où je lui ai fait découvrir le "Voyage of the Acolyte" de Steve Hackett (1975). Il a aussitôt cessé de faire le mariole pour en faire son disque de chevet et je n’ai pour ma part plus jamais quitté la Cour du Roi Cramoisi.

Comment décrire la musique de King Crimson, sonnant à l’origine comme une sorte de mélange impur et excitant de Coltrane et Stravinsky, de Boulez et Led Zeppelin. Mais la liberté créative primant, le groupe, avec ses formations successives, a fait évoluer sa musique dans tous les sens, avec une quête permanente de sonorités intrigantes et complexes.

La chair est faible, mais je n’ai quand même pas tous les disques. Si l’on excepte la longue liste de chef d’œuvre des 70’s dont peu sont à écarter d’une digne discothèque, je relève pour ma part notamment le remarquable "Thrak" (1994).

Cette musique est évidemment très anglaise, comme ses concepteurs, et l’humour que l’on peut trouver dans les textes, ressort aussi parfois des arrangements décalés ou des mélopées surprenantes placées ça et là. Il s’agit toutefois d’une musique savante, et sur scène, ça ne plaisante d’aileurs pas franchement. À ce niveau d’exigence musicale et technique, on n’a point trop le temps pour la gaudriole.

Tous sont élégamment habillés, silencieux et concentrés sur leur ouvrage, il ne faudrait point louper des notes, même si l’on sent bien que ce n’est pas le genre de cette équipe. Hiératique, Robert Fripp, assis en haut à droite, un casque sur les oreilles, sa guitare sur les genoux, est sans doute le grand ordonnateur de l’orchestre, mais le moins que l’on puisse dire est que cela se fait naturellement, sans esbroufe, ni affèterie.

King Buzzo des Melvins dit qu’un groupe a le niveau de son batteur. Sachant qu’on en comptait ledit soir pas moins de trois, cela donne une illustration des compétences musicales déployées sur scène.

Ceci posé, trois batteurs quand on compte déjà Gavin Harrison (ex Porcupine Tree) dans le groupe, cela semble une idée étrange. En effet, ce garçon a un style, une élégance et une fluidité incroyables et ne semble pas avoir besoin d’être appuyé dans l’exercice de son art. Une chose est certaine, on n’a point manqué de roulements de tambours durant cette soirée.

Le groupe s’est promené dans sa carrière, sautant entre les périodes, réinterprétant ses standards ("Red") ou s’y collant fidèlement, jusqu’à vous tirer des larmes, pour peu que vous soyez légèrement émotif ("Epitaph").

Si la musique était belle, l’atmosphère un peu figée imprimée par les lieux entravait légèrement un enthousiasme que l’on aurait voulu assumer plus débordant. Pleyel, c’est bien joli, mais on se verrait bien casser quelques chaises pour respirer mieux et plus encore les notes envoyées dans les airs.

A ceux qui l’ignoreraient, le groupe est à l’origine d’une des plus belles pièces de l’histoire de la musique, et s’il fallait une seule raison d’exposer la coquette somme pour être là ledit soir, c’était pour l’écoute de cette merveille qu’est "Starless". A l’issue de ces treize minutes de génie et de grâce, toute la salle s’est levée, frappée par l’évidente grandeur de ce qu’elle venait d’entendre.

Enfin, alors qu’il me semblait que le groupe et ses multiples incarnations ne jouait plus ce morceau au 21ème siècle, le concert s’est achevé sur "21st Schizoid Man". La version fut très logiquement dantesque et clôtura admirablement une longue et belle soirée.

Ce morceau dont les mélodies et emballements ne me quittèrent plus pour la nuit à venir ne fut même pas effacé de mon âme par le zouk du taxi me ramenant tardivement à mes pénates.

Sébastien

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