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"Yesterday" de Danny Boyle

mardi 6 août 2019, par Sébastien Bourdon

Tomorrow Never Knows

L’uchronie, concept narratif plutôt en vogue, consiste à réécrire l’histoire telle qu’elle aurait pu se produire. Le film dont il est ici question part du postulat que dans un monde contemporain où l’on aurait oublié les Beatles, celui qui s’emparerait de leur répertoire pourrait à nouveau conquérir la planète avec leur musique.

Jack Malik (Himesh Patel) travaille dans un supermarché du Suffolk et tente, sans succès, de percer dans la musique, seul avec sa guitare acoustique. Après une sorte d’interruption spatio-temporelle durant laquelle il a un accident de vélo, il se réveille dans un monde où les Beatles n’ont jamais percé, entre autres fondamentaux de la culture pop évanouis. Aidé de sa mémoire et de ses compétences musicales, il restitue leur répertoire et devient une énorme star mondiale.

Dès le départ, le scenario est finalement assez discutable : quel succès rencontrerait aujourd’hui un titre comme « She Loves You » ou « A Day in the Life » ?
Probablement aucun. Et c’est probablement pour cela que celui va aider notre wannabe Beatles à percer est l’abominable Ed Sheeran, ce qui situe le propos du réalisateur et le niveau auquel il se place.

Toutefois, tout n’est pas à jeter dans le film, les trois premiers quarts d’heure sont suffisamment enlevés et amusants pour que l’on prenne du plaisir à les visionner. Las, cela se gâte ensuite assez vite. En effet, au lieu de se focaliser sur le comique des situations, le réalisateur s’attarde avec une extrême lourdeur sur la romance qui sous-tend le film (même si Lily James joue aussi juste qu’elle est raisonnablement jolie).

Il est donc progressivement fait assaut de guimauve jusqu’à écœurement, le dernier quart d’heure du film ne recelant pas plus de langage cinématographique qu’une publicité pour la chicorée.

Mais là n’est pas le plus grave. Le film est particulièrement tarte, ce qui pourrait suffire à la souffrance du cinéphile, mais avec le massacre consciencieux des chansons des Beatles, c’est aussi le mélomane qu’on assassine.

Dans une trop rare jolie scène du film, un vieux couple rappelle combien les Beatles ont contribué par leur seule musique à rendre le monde meilleur. C’est donc bien conscient de ce qu’il fait que Danny Boyle piétine leur répertoire, entre reprises abominables et irrespect total pour les concepteurs (il n’a pas ramené John Lennon à la vie, mais l’a probablement fait se retourner dans sa tombe).

On n’a rien contre l’assassinat des idoles, mais cela nécessite un talent que ce réalisateur, surtout connu pour des comédies générationnelles aussi pleines d’esbroufe qu’inutilement cruelles, n’a clairement pas.

Sébastien Bourdon

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