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With the oil of Afro-Dytee and the dust of the Grand Wazoo

ZAPPA PLAYS ZAPPA – Olympia, le 8 novembre 2010

vendredi 12 novembre 2010, par Sébastien Bourdon

Le monde étant injuste (du moins, c’est ce que disait mon arrière grand-mère), il ne m’a pas été donné la possibilité de voir Frank Zappa sur scène. Mais, son fils, le sémillant Dweezil Zappa (mâtin, quel prénom) s’est dit que c’était quand même fort regrettable de ne pas faire vivre la musique de son illustre père. Du coup, depuis plusieurs années, il s’y colle. Décision plus facile à prendre qu’à exécuter au regard de la complexité incroyable de la musique de son paternel. Il faut savoir tout jouer, c’est aussi simple que ça, la musique de Zappa englobant à peu près tous les genres musicaux possibles.

Du coup, après les avoir vus en 2009, j’en reprends une louche en 2010, nonobstant le tarif prohibitif appliqué par feu Coquatrix. Nous nous retrouvons ainsi bourgeoisement placés mais inconfortablement assis au 3ème rang. Etre ainsi posé sur ses fesses quand devant soi huit musiciens déploient un tel arsenal d’énergie et de talents se révélera frustrant et constituera ma première, mais modeste, déception de la soirée (teaser : attention, on comptera en tout et pour tout deux raisons de se plaindre de sa soirée, pas plus).

Pas de première partie, à quoi bon lorsque l’on a tellement de densité à offrir. Souriant, presque effacé, Dweezil arrive sur scène accompagné de sa conséquente troupe (huit musiciens en tout, empoignant, selon les circonstances, toutes sortes d’instruments). Je retrouve immédiatement les sensations de la précédente soirée, si vivre, c’est jouer et rire, nous y sommes.

Ce qu’il y a de formidable, c’est qu’écouter Zappa plays Zappa donne envie d’écouter le père et de revenir voir le fils (et même d’acquérir les albums de ce « Tribute Band », deux à ce jour, et tous exceptionnels). Comment ne pas être soufflé par ce qui nous est donné à voir et à entendre, l’orchestre est sidérant de maîtrise et semble naviguer avec une aisance déconcertante dans un répertoire particulièrement touffu. Le tout avec un plaisir qui saute aux yeux. Ainsi, le bassiste secouant la tête en permanence, arborant invariablement un sourire extatique au moment de s’élancer dans des déluges de notes.

Et puis, parce que Frank n’était surtout pas sérieux (les gens sérieux ne sont de toutes façons pas raisonnables), tout cela est exécuté dans la bonne humeur absolue avec un second degré permanent (rien que ces titres de morceaux, sans parler des textes, « I promise not to come in your mouth », « Broken Hearts are for Assholes », « St Alfonzo’s Pancakes Breakfast », « Stink-foot »…). En plus d’être sacrément talentueux, pour jouer la musique de Zappa, il faut donc être drôle, sans retenue. C’est ainsi qu’au beau milieu d’un morceau, le guitariste rythmique, jusque là discret et concentré, a mis un masque de chat pour incarner le Diable et entamé un dialogue délirant avec le chanteur qui acceptait d’être damné s’il pouvait par ce biais obtenir « des nichons et de la bière » (si mon anglais ne m’a pas trahi). Indescriptible et réjouissant, et surtout pas vulgaire.

Puis au cours du concert, sont soudainement apparus à plusieurs reprises des extraits de concerts filmés desquels on avait effacé les autres musiciens, pour ne garder que la voix et la guitare de Frank Zappa. Le groupe jouait, accompagnant les images, devenant le backing band post mortem d’un musicien disparu. Evidemment, aux premières images, comment ne pas être bouleversé par ces soudaines apparitions de ce génie trop tôt disparu (en 1993, à l’âge de 52 ans). Et puis, très vite, cela m’a agacé, le procédé relevant finalement de la fausse bonne idée (d’où ma deuxième raison de se plaindre d’une par ailleurs très belle soirée).

Ainsi, le solo de guitare de Dweezil sur « Inca Roads » m’avait tiré des larmes lors du précédent concert et fait lever la foule. Aussi lorsque ce morceau est sorti du chapeau, je me faisais une joie de l’entendre à nouveau. Las, le solo de guitare fut celui de Frank Zappa, entièrement d’époque, en même temps projeté sur l’écran. Sublime solo évidemment, mais jouer ainsi sur une bande figeait un peu l’orchestre et, de notre côté, comment ne pas soudainement se sentir triste et amer de ce que Frank Zappa soit quand même beaucoup plus mort que vivant. Le projet Zappa plays Zappa redonne vie à la musique de Frank, or, par ce procédé, on se trouve ramené au fait qu’il ait disparu et que ce n’est que par un trucage grossier qu’on l’entend « vivre » à nouveau. D’une célébration de la vie, le concert passait ainsi à cruel rappel de la mort.

Ceci posé, ces images de Zappa dans les années 70, en jean et torse nu, délivrant à une foule extatique son humour rageur et des solos de feu (ne faisait-il pas fondre sa guitare en jouant ?) étaient incroyables.

Heureusement, il y eut bien plus de morceaux avec un groupe libéré du passé et on a sans cesse alterné entre le génial et le sublime. Le concert s’est conclu par un « Muffin Man » d’anthologie et on a quand même fini par tous se lever pour communier un peu plus avec ces gens merveilleux.

Dweezil, l’homme le plus sympathique du monde, est une fois encore resté à alterner les poignées de main et les signatures avec le public.

« Does humour belong in music ? », à cette question Zappa a toujours répondu par l’affirmative et, dans sa tombe, je suis sûr qu’il rit encore.

Sébastien

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