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With pleasure

« The Artist » de Michel Hazanavicius

dimanche 9 octobre 2011, par Sébastien Bourdon

Un film muet en noir et blanc, en 2011, au temps glorieux de la 3 D et du numérique ? Et pourquoi pas finalement, ce n’est pas parce que Gutenberg a inventé l’imprimerie qu’il fallait arrêter les enluminures (et ai-je arrêté le vélo alors que voilà belle lurette que la voiture a été inventée ?) !

Le « progrès » et sa marche forcée n’impliquent pas nécessairement l’abandon d’un support, surtout s’il est beau. C’est vraisemblablement ce raisonnement qui a amené un cinéaste maniaque du détail – Michel Hazanavicius (« OSS 117 ») et la plus grande vedette française de cette génération (Jean Dujardin) à se lancer dans une telle aventure. Cela a tout de même valu au deuxième un prix d’interprétation masculine à Cannes cette année, ce qui ne relevait pas forcément de l’évidence pour un garçon qui s’était fait d’abord connaître grâce au personnage de « Brice de Nice » (remarquez de Nice à Cannes, il n’y avait finalement qu’un pas).

Une fois n’est pas coutume, voilà une chronique qui précède la sortie du film, notre bonne ville du 93 ayant eu l’idée d’organiser une projection en avant-première. Sur place, pas de stars, pas de paillettes, pas de petits fours, juste le film et des spectateurs (conquis).

Comment parler de ce film contemporain qui se pare des atours du pastiche désuet ? Mon fils cadet l’a décrit en ces termes : « c’est un film muet, en noir et blanc, rigolo et triste avec des bisous ». Je ne dis pas ça parce que c’est mon fils, mais en effet, en ces termes tout est dit.

Un lecteur présent dans la salle m’a aussi suggéré de faire une chronique muette, en parfaite adéquation avec l’œuvre.

Mais non, il faut en dire un peu plus. Ainsi, ce film est d’une grande douceur, tout y est beau et un peu triste, avec le luxe de ne jamais sentir la naphtaline, parfum qui menaçait pourtant le concept. Dans le silence (certes souvent joliment musical), le monde semble infiniment plus délicat, même la chute d’un homme est comme adoucie.

La garantie de passer un moment délicieux est assurée, mais le film, même s’il va quand même un peu au-delà du pur exercice esthétique, se prête peu à une analyse très poussée au-delà de son apparence formelle. Si la forme est pure - toutefois ça et là joliment et subtilement trahie - le fond est un peu court. L’histoire est en effet extrêmement classique, comme écrite pour coller jusque dans les moindres contours à la forme d’expression choisie, le cinéma muet des années 20.

Mais cela reste passionnant, au-delà de l’enchantement visuel permanent, notamment dans l’exercice auquel se livrent les comédiens de ce film gigogne. De tournages de films en projections en salle, des acteurs jouent des acteurs interprètes de films muets puis parlants, sans que leurs paroles ne soient jamais audibles. Jean Dujardin en tête, joue ainsi admirablement un comédien du muet réduit au silence et à l’oubli avec l’invention du cinéma parlant. Il faut le voir, au temps de sa splendeur, se transformer physiquement au moment du clap pour, sur notre écran, devenir un personnage de fiction jouant un autre personnage de fiction muette. L’excès de jeu (mouvements amplifiés, froncement de sourcils, regards outrés…) qui s’impose au cinéma muet est impeccablement rendu et proprement hilarant. L’ensemble est impressionnant de maîtrise et d’élégance, il n’a pas volé son prix d’interprétation. C’est un peu un lieu commun, on tient notre nouveau Belmondo, reste à lui trouver un François Truffaut (j’ai mes obsessions, je ne m’en cache pas, « La Sirène du Mississipi » en fait partie).

Il n’est toutefois pas le seul à manger l’écran, Bérénice Béjo est incroyable. Elle est belle comme une actrice et c’est exactement ce que demande le rôle. Je crois que je suis amoureux.

En sortant, les enfants faisaient des grimaces et dansaient dans la rue. Vous ferez sans doute de même.

Sébastien

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