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« Who’s that knockin’ at my door » Martin Scorcese (1969)

lundi 27 juillet 2009, par Sébastien Bourdon

Visionner les premières images de celui qui sera un grand du 7ème art constitue nécessairement une expérience intéressante, au-delà même des éventuelles qualités intrinsèques du film. L’exercice peut toutefois être périlleux et la satisfaction tirée quelque peu mesurée par ce qui est parfois un premier essai bancal et maladroit. S’agissant de Scorcese, c’est d’autant plus vrai que ces quarante dernières années, il a inondé le cinéma mondial de films que nous avons tous vus ou presque, alors que penser de cet opus bout de ficelle noir et blanc marquant la première sortie officielle de notre ritalo-américain préféré ?

Ce garçon ne fait pas dans le cinéma amusant et ses débuts l’illustrent parfaitement. On retrouve dans ce film ses inaltérables obsessions : le sexe, la violence et la religion. Comme vous l’indique, chers lecteurs, l’intitulé du présent message, je me sens plus concerné par les deux premiers, quoique la morale chrétienne, la rédemption... ne sont pas des sujets dénués d’intérêt. En tout état de cause, dès ce premier film, Scorcese avait des choses à dire et savait déjà les filmer.

De manière annexe, il faut noter que si l’on trouve le cinéaste en devenir, l’on voit également surgir à l’écran le futur Harvey Keitel sauvage de Bad Lieutenant et sensuel de La leçon de piano, ce qui n’est pas moins séduisant comme expérience cinéphilique.

Au début du film, sur un rock 60’s enjoué (belle présence de la musique dans le film), des jeunes hommes marchent dans la rue et sans que l’on comprenne trop pourquoi ils se mettent à se battre sauvagement, pour s’interrompre ensuite aussi vite. Tout est dit, nous ne serons pas à l’abri, quoiqu’il se passe à l’écran, d’un brusque surgissement de la violence. Règle valable dans la vie de tous les jours mais communément oubliée au nom de notre nécessaire tranquillité d’esprit.

Ce qui donne au film son côté angoissant, ce n’est d’ailleurs pas tant la violence montrée, que celle qui pourrait surgir. Des amis boivent ensemble, sont un peu agités avec des femmes de passage (ou avec un revolver) et le spectateur imagine déjà une scène de massacre qui pourtant ne se produira point. Il n’y a d’ailleurs pas un décès à signaler au cours de cette promenade dans Little Italy.

Pour ce qui est du sexe, il est comme un à-côté dans l’histoire d’amour entre le héros interprété par Harvey Keitel et une jeune femme qui n’aura pas de prénom (« the girl »). D’ailleurs, il se refuse à tout rapport de cet ordre avec elle, englué dans une thématique « la Mamma et la putain ». Cette barrière morale d’où ne naît finalement que de l’incompréhension et de la violence, donne parfois au film un air d’épisode des Sopranos tourné par John Cassavettes.

N’oublions pas en effet que Tony Soprano fréquente des prostitués de l’Est parce qu’il a du mal à se voir administrer des turlutes par la mère de ses enfants (c’est une excuse qui passe bizarrement mal chez l’épouse, le jour où elle vous surprend le pantalon sur les chevilles).

Il ya donc des filles de joie dans le film (parce qu’il faut bien que le corps exulte comme le chantait Jacques Brel), dans une scène onirique absolument fantastique, ajoutée d’ailleurs à la demande du producteur de films érotiques qui finança le film. Durant cette séquence, les filles présentes dans la salle se réjouissent de voir que jeune, déjà Harvey Keitel avait un très beau corps, massif et délié (ça peut plaire à certains garçons aussi, le chroniqueur n’est pas sectaire). Quant aux garçons, deux putes pour le prix d’une, avec lesquelles fôlatre alternativement notre héros, dans un entrepôt désert, « The End » des Doors en fond sonore. Scène d’anthologie où la violence de cette musique (« Father ? » « Yes son » « I want to kill you ») se marie somptueusement à la beauté érotique des images. Sacré titre, même plus de quarante années plus tard.

Mais c’est tout de même une histoire d’amour qu’il nous est donné de voir, torturée certes, mais parfois très douce et traversée par la cinéphilie (John Ford notamment). Les quelques scènes d’intimité dans New York de ce couple nécessairement seul au monde sont extrêmement touchantes et sensibles.

Ca se donne encore, puisque c’est une reprise, et les spectateurs que nous étions se sont déclarés ravis d’avoir vu ça sur grand écran parce que nous en avons indiscutablement ainsi saisi la richesse. A vous de voir. Cinéma !!!

Sébastien

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