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We the People

"L’homme qui Tua Liberty Valance" John Ford (1962)

dimanche 28 mai 2017, par Sébastien Bourdon

"L’homme qui Tua Liberty Valance" de John Ford (1962)

Voir un John Ford en salle est un luxe qui ne devrait se refuser sous aucun prétexte. Las, c’est pourtant un bien maigre public qui s’est réuni ce soir pour voir un film aussi grand, même si évidemment, la qualité de l’audience surpasse sa quantité.

Classique parmi les classiques, ce vrai faux western aborde de nombreux thèmes dont le plus essentiel est sans doute la naissance de la République. John Ford ne jurait que par la Constitution, la Bible et Shakespeare et fort de ces bases littéraires que l’on qualifiera de solides, "il a bâti une œuvre à la mesure de l’Amérique" (Tavernier - Coursodon).

Sur le plan purement formel, le borgne cinéaste qui a sans doute le mieux filmé les grands espaces américains se contente ici d’un espace de studio, filmé en noir et blanc, où chaque pan de décor semble se dédoubler, à l’instar d’une vérité difficile à saisir.

Dans la ville de Shinbone, au coeur de l’Ouest sauvage, débarque un avocat tout juste diplômé, Stoddard (James Stewart), homme de droit sur de son fait. Ce jeune homme se croit fort non pas seulement parce qu’il est du côté de la loi, mais parce qu’il la connaît. Il voit dans le concept même de corpus législatif une forme infiniment supérieure de gouvernance. Il se propose donc de l’imposer à la population locale qui ne connaît pourtant de loi que lourdement armée. Un monde s’apprête à disparaître, mais ne le sait pas encore.

Comment faire entrer la démocratie et son corollaire, la loi et l’ordre, dans ces territoires perdus ? Stoddard découvre à la dure l’ampleur de cette tâche, puisqu’il est, avant même d’arriver en ville, battu comme plâtre et laissé pour mort par le terrible outlaw Liberty Valance (Lee Marvin).

La violence ayant ici trouvé son incarnation, reste celle du scepticisme, campée ici par Tom Donniphon (John Wayne). Protecteur des faibles en ces terres hostiles, il surgit le plus souvent de l’ombre, mais ne réintègrera jamais vraiment la lumière. Un héros qui arrive trop tard dans un monde trop vieux, et qui n’obtiendra ni la gloire, ni la femme.

À ces portraits s’ajoutent le journaliste ivrogne, conscience du peuple (Edmond O’ Brien) et la femme belle et énergique (Vera Miles), incarnation élégante d’une nation illettrée qui ne demande qu’à apprendre.

Stoddard triomphera évidemment, mais nul manichéisme ne réside dans l’œuvre de Ford. Cette victoire de la loi sur le chaos se fait au prix du meurtre et du mensonge.

Celui qui doit périr se prénomme Liberty. Un être si mauvais qu’il en vient même à menacer la naissance de la démocratie, par son extrême liberté justement, qui ne s’arrête jamais où commence celle des autres.

Son élimination permettra la tenue d’une élection et à la ville de Shinbone d’exister ainsi jusqu’à Washington.

Quant à Stoddard, il sera donc célébré, aimé et élu, mais sur des fondements mensongers, et ne l’assumera que parce qu’il est exempt de faute morale, ou du moins croit l’être.

Ainsi s’achève selon le pessimiste John Ford le règne des tueurs à gages pour entrer dans la République.

"Here is something you can’t understand,
How I could just kill a man ?
"

Cypress Hill "How I Could Just Kill A Man"

Sébastien

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