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We’re all fucked up kids

Persistence Tour, Paris le Bataclan, le 30 janvier 2012

jeudi 2 février 2012, par Sébastien Bourdon

Voilà une affiche qui ne se refusait pas, avec notamment Walls of Jericho, Terror, Biohazard et Suicidal Tendencies. Dans le genre musical ici développé (le hardcore ?), on était à la croisée de tous les chemins : East Coast (Biohazard from Brooklyn), West Coast (Suicidal Tendencies from Venice Beach California), old school (les deux groupes précités) et new school (Walls of Jericho et Terror, surnommés les "keepers of the faith"...).

Nous étions un lundi frisquet, ça commençait trop tôt, mais il fallait y être. Bon, on a quand même raté les deux premiers groupes, par ailleurs inconnus de nos services, pour arriver alors que Walls of Jericho avait déjà investi la scène. Ce groupe a une particularité majeure, le chant est assuré par une femme, Candace Kucsulain. Bon, à l’oreille, on ne s’en rend pas forcément compte, mais force est de constater que cela distingue ce combo de... pratiquement tous les autres. Et, bien sûr, je suis amoureux. Certes, elle est exagérément tatouée et plutôt bâtie comme une armoire à glace, mais elle a un sourire délicieux et une énergie particulièrement communicative. Walls of Jericho donne ainsi des concerts joyeux où il est de bon ton de sauter en tous sens en hurlant "Fuck the American dream". La seule faiblesse du groupe réside dans la relative absence de compositions réellement marquantes, ce qui est peut-être dû au bagage technique somme toute assez limité de ses interprètes.

Après une courte pause à base de boissons fraîches et achat de tee-shirts (la routine), grimpent sur la scène les membres des délicats Terror. Découverts par hasard lors du dernier Hellfest (cf. ma chronique dudit événement), nous étions assez enthousiastes à l’idée de reprendre une louche de cette soupe de baffes si admirablement servie. On ne fut point déçu, le groupe a aligné les titres de leur répertoire peu subtil, mais diablement efficace, sans répit. Le chanteur, entre deux hurlements, n’a cessé de haranguer la foule ("dance, dance, slam-dive, slam-dive !!!"), organisant mosh-pits, circle pits et autres walls of death, alors que la moitié de la salle a du défiler sur la scène avant de se jeter dans la fosse. Ayant le souci de conserver une colonne vertébrale à peu près valide encore quelque temps, nous ne sous sommes pas risqués à ce jeu (contrairement à un camarade de l’AMAP, que j’ai vu plusieurs fois se livrer à cet exercice, mais lorsque l’on mange beaucoup de légumes verts, on a une santé de fer).

L’apéritif achevé, est venue l’heure du doublé de choix, Biohazard et Suicidal Tendencies. Dans une logique géographique implacable, nous avons commencé par Brooklyn avec Biohazard. Le groupe s’est présenté amputé de deux de ses membres d’origine, le bassiste chanteur Evan Seinfeld (qui a quitté le groupe car reconverti dans le... porno) et le batteur Danny Schuler (momentanément absent pour retrouver sa famille, sa femme venant d’accoucher). S’agissant de l’absence de ce dernier, je la déplorais particulièrement, ce garçon faisant partie de mes dix batteurs préférés (remplacé ici par un cogneur efficace mais moins subtil). Le bassiste érotomane a quant à lui été remplacé par un garçon ayant exactement la même voix et, pour le reste, le guitariste également chanteur Billy Graziadei a survolé la soirée avec la classe qui le caractérise. Souriant, généreux, enthousiaste, il a mérité le prix de camaraderie et de professionnalisme. Nonobstant un son particulièrement brouillon et une foule presque trop enthousiaste - nous y reviendrons -, les titres implacables du groupe ont emmené la soirée dans un autre univers, infiniment plus séduisant à mes yeux. Je ne sais pas résister à la musique de ce groupe ("What Makes Us Tick", "Punishment" et même les titres récents comme "Vengeance is Mine"), et pour un peu, j’aurais bien rejoint les premiers rangs de la fosse pour exprimer ma joie et ma dévotion. Et puis bon, c’est lundi, il y a école demain, je me suis contenté de rester dans la partie plus apaisée de la fosse.

A propos de l’audience, le public hardcore n’aime rien tant que grimper sur la scène pour se jeter ensuite dans la foule. C’est une activité certes festive et sympathique, mais ledit soir, le phénomène a fini par prendre des proportions un peu trop importantes. Tous les groupes ont fini par accueillir tout le public ou presque sur scène, les fans ne la quittant ensuite plus, y restant pour danser joyeusement. Le truc que l’on peut éventuellement rappeler, c’est que nous avions pris des places pour voir des groupes et entendre de la musique, pas pour assister au quart d’heure de gloire de dizaines de fans. Certes, c’est convivial, c’est rigolo, mais c’est un peu lassant quand même.

Ce phénomène a pris une ampleur totalement disproportionnée avec Suicidal Tendencies, la scène restant envahie une grosse partie de leur set. Il s’agit sans doute du groupe que j’ai le plus vu en concert, mais force est de constater qu’il ne se bonifie pas avec l’âge. Né en 1982, et après un pic créatif et scénique dans la première moitié des années 90 (Art of Rebellion en 1992 ou Sucidal for Life en 1994), le groupe s’est arrêté un temps pour reprendre ensuite, avec d’autres musiciens, mais sans se révéler à même de produire quoi que ce soit du niveau des albums précédents. Le chanteur Mike Muir semble ainsi avoir bien du mal à porter son groupe. Las, ce concert sera à l’image de cette évolution. En près d’une heure, ils ont du jouer six titres ("War Inside My Head", "Possessed to Skate" notamment), entrecoupés de jams qui n’en finissaient pas et même, grand n’importe quoi, de solos (batterie puis guitare !?). Focalisé sur leur répertoire le plus punk-rock, Suicidal Tendencies nous a donc servi un concert brouillon et indigne d’un groupe de cet acabit. C’est par ailleurs d’autant plus regrettable que la formation actuelle est composée de fines lames vraisemblablement capables de jouer bien autre chose, et qui furent donc ici plutôt sous employés.

C’est donc un peu déçus sur la fin que nous avons quitté la salle, espérant mieux de nos idoles d’antan. Peut-être s’agissait-il d’une fatigue passagère. De son côté, Biohazard a largement remporté la palme du groupe vindicatif le plus vivant.

Sébastien

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