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Walking Papers, le 20 septembre 2018, le Petit Bain (Paris)

vendredi 21 septembre 2018, par Sébastien Bourdon

Un soir d’été finissant à Paris, un même endroit, deux ambiances : rap à fond les ballons sur le toit de la péniche du Petit Bain, quand les soutes du même navire résonneront du rock des Walking Papers, mâtiné de grunge, de blues et même, sur cette tournée, de jazz.

Las, ce groupe ne fait toujours pas le plein dans la capitale. C’est attristant tant cette musique est enthousiasmante et riche. Si le rock a un futur, il nous semble qu’il pourrait prendre quelques saines racines dans les compositions de Jeff Angell (chant et d’habitude guitare). Dans ces troupes ramassées mais fidèles, réunies à fond de cale ce soir, nous persistons à refuser de voir là un monde qui meurt, il y a de l’espoir dans les guitares.

En première partie, un groupe français inconnu de nos services, Guttercats, fait résonner son rock à boire. Ce n’est pas déplaisant, mais pour rester dans la métaphore aquatique, autant dire que ça ne casse pas trois pattes à un canard.

A l’arrivée des Walking Papers, on constate que pour faire chanteur ce soir, il faut une chemise, un petit gilet de cuir et un chapeau. Mais la comparaison s’arrête là, la musique est ici beaucoup plus convaincante.

C’est la deuxième fois que le groupe se produit en ces lieux. La précédente prestation avait été assurée par la formation qui joue sur les disques. En sus de Jeff Angell et Benjamin Anderson (claviers), elle est composée d’une rythmique de choix, qui a sans doute fait beaucoup pour la popularité immédiate du groupe : à la basse, Duff Mc Kagan (Guns n’ Roses) et à la batterie, Barrett Martin (Screaming Trees, Mad Season), duo le plus select possible, en renommée comme en qualité non usurpées.

Mais l’appel du dollar pour l’un (la reformation des Guns), et des musiques ethniques pour l’autre (éclectique carrière solo avec le Barrett Martin Orchestra), les ont fait déserter le navire (la péniche ce soir) pour cette tournée.

Jeff Angell n’ayant pas l’enthousiasme facilement abattable, il a formé un nouveau combo à même de restituer fidèlement ses compositions, mais aussi de leur faire prendre de bien jolis chemins de traverse. Il a ainsi étonnamment renoncé à sa guitare, empoignée par un jeune du genre efficace, Tristan Hart Pierce, y a ajouté un saxophone (Gregor Lothian). Et pour la rythmique, noble et difficile tâche, le bassiste Dan Spalding prend parfois la contrebasse, quand le batteur Will Andrews remplace avec une aisance déconcertante le taulier habituel (et il faut vraiment savoir tout jouer pour le faire, et plutôt fort).

Si on résume, quelques gauchers dans le groupe, mais pas de manchots. Et surtout, la musique, on la joue comme on en a envie, en se moquant des aléas.

Après un début très marqué par le jazz, le groupe retrouve progressivement ses bases habituelles, ce rock mélancolique mais efficace tel qu’issu de ses deux merveilleux albums.

Jeff Angell, à la voix semblant d’abord un peu fatiguée, retrouve très vite une forme éblouissante (il est maigre, mais solide), et ne s’économise ni en enthousiasme, ni en charisme sur la minuscule scène pourtant un peu encombrée ce soir.

Comme il le rappelle, ses chansons sont progressivement devenues les nôtres, il faut les faire vivre ça et là de temps en temps. Et c’est tout l’objet de la soirée.

Ça va durer deux heures, mais on ne sentira pas le temps passer, surpris, après un « Red and White » bouleversant, que cela soit déjà fini.

Que ce soit avec des vedettes ou accompagné de fines lames plus confidentielles, le leader des Walking Papers est là pour servir sa musique et ceux qui l’écoutent. Qu’il en soit remercié, sa joie d’être là ce soir fit la notre.

Sébastien Bourdon

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