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Violences internes dans l’armée russe

dimanche 8 février 2004, par Paul Kirkness

9000 jeunes appelés ayant entre 18 et 21 ans sont morts des suites d’un bizutage "excessif" en 2003

En Russie, les atteintes aux droits de l’homme sont d’abord présentes dans l’armée russe elle-même, avant d’atteindre les « ennemis de la Fédération ». C’est ainsi que depuis 1994, il y a 5000 à 10000 morts par an dans les rangs des appelés au service militaire. Les brimades et les humiliations poussent au suicide. Un jeune russe, interviewé par Amnesty International, témoigne de ses propres angoisses à ce sujet : « La caserne, c’est un monde de fou. On t’humilie tellement qu’on a envie de se foutre en l’air ». Les forts taux de suicide sont une réalité est une réalité navrante mais il faut aussi prendre en compte les milliers d’adolescents qui meurent des suites d’un bizutage un peu trop « excessif ».

Il y a six ans, dans un camp de l’Oural, une vidéo fut retrouvée dont la violence est abominable1. Elle démontre avec force l’existence d’un bizutage sans aucune limite qui existe partout en Russie. C’est le diédouvchtchina (bizutage). Sur cette cassette, on peut voir des soldats et des « grands pères » (nom donné aux appelés qui ont un an d’expérience) donner des coups de poings, de pieds et de genoux sur les nouveaux arrivés. Depuis, ces personnes ont été jugés et emprisonnés pour une durée de trois ans. Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces sévices existent dans presque toutes les casernes du pays. Les officiers connaissent bien les activités nocturnes qui ont lieue dans leurs camps mais, peut-être volontairement, aucune intervention efficace n’a été réalisée pour déraciner ce mal.

En décembre de l’année dernière, plusieurs jeunes appelés sont morts d’hypothermie alors qu’ils n’avaient même pas encore rejoint leur camp. On les avaient obligés à rester debout, dans des températures avoisinant les -30°C. Il leur était interdit de porter autre chose que des vêtements serrés. Le bizutage existe bien dans toutes les organismes militaires du monde, mais là on est très loin du nettoyage de chiottes à la brosse à dent. M Poutine, le même qui affirme qu’il souhaite « conforter la démocratie » en Russie, a mis plus de deux semaines pour réagir à cet « incident » en promettant aux familles qu’il retrouverait les responsables. En vue des actions anti-bizutage effectuées dans les années précédentes, ces familles peuvent encore attendre...

En 2003, ce sont 9000 hommes qui trouveront la mort au cours de leurs deux années de service militaire. L’année précédente, pas loin de 8000. Ces chiffres terrorisent les parents qui, pour certains préfèrent payer la somme d’argent qui permettra à leurs fils d’éviter une expérience potentiellement mortelle. Cette somme s’élève à des montants qui vont de 1000 à 5000 euros. Dans un pays comme la Russie, pour la majorité des familles qui vivent dans la pauvreté, cette masse d’argent n’est pas disponible. Sur 350 000 appelés par an, seuls 40 000 parviendront à éviter le service.

Les autres peuvent toujours déserter... Le journal Moscovski Novosti nous affirme que depuis l’arrivée de Sergueï Ivanov au poste de ministre de la Défense, 120 000 personnes ont choisi cette option. Ils risquent de la prison ferme. Certains parents vont jusqu’à inciter leurs fils à fuir et, pour cela, vont les aider par tous les moyens possibles. Une ONG, l’Organisation des Comités de mères des soldats, se donne pour rôle de défendre tous ces soldats déserteurs.

Ivanov est en place depuis l’avènement de l’ère Poutine. Il n’a pousser aucun cri d’alerte et n’a agit en aucun sens qui soit favorable à l’éradication de la violence que vivent ces centaines de milliers jeunes. La seule action du gouvernement aura été de lancer, pour cette année, un service alternatif pour les objecteurs de conscience. Cependant, cette alternative dure deux fois plus longtemps que le service normal et coûtera 800 euros aux familles... Il semblerait que tout soit fait pour encourager ces violences physiques et mentales. Il est vrai que ceux qui survivent aux viols collectifs, aux manipulations mentales, aux coups et aux humiliations peuvent, à tout moment, être envoyés sur le front Tchétchène. On comprend que leur aliénation puisse servir. La violence engendre la violence et, pour être « efficace » dans ce contexte de guerre, il faut être complètement déshumanisé.

Le bizutage interne qui règne au sein de l’armée russe est excusé dans un contexte où les soldats doivent agir en bêtes sauvages. S’il était contrôlé, peut-être que les russes du front Tchétchène participeraient avec moins d’enthousiasme aux massacres, aux « disparitions » et aux tabassages de la population. Cette violence a complètement gangrenée la situation sur place.

N’oublions pas que la guerre en Tchétchénie n’est pas terminée. Le gouvernement Poutine est appuyé par des hommes comme Vladimir Zhirinovsky, le leader du Parti libéral démocrate qui pèse 11,5% d’électeurs. Outre son article dans Izvestia où il fait l’apologie du national-socialisme et de Hitler, Zhirinovski a aussi publié un livre dans lequel il préconise l’usage de la force militaire contre les voisins du Sud, pour imposer la stabilité... Avec des hommes comme ça, comment peut-on envisager une pacification de la société militaire de Russie ?

Paul Kirkness

1. Voir un documentaire de Paul Jenkins, réalisé pour Channel 4 : « Un jour mon fils, tu seras grand »

Pour en savoir plus, Politics and the Russian army de Brian D. Taylor

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