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Turkish Delight

mercredi 15 mai 2013, par Sébastien Bourdon

Il est divin de marcher dans les rues d’une ville inconnue, on se sent comme soulagé de son soi-même habituel. Le sol me semble ainsi devenir un peu plus mien sous chacun de mes pas. Passé la première épreuve du brouhaha continu et de la fureur peu contenue d’Istanbul, on réalise que l’on peut participer à ses lieux, presque se les approprier.

Flâner, quelle délicieuse activité. Parler d’Istanbul, on le fera ici de manière empirique et subjective, faute de mieux à proposer.

Impossible d’échapper aux clichés, cette ville est le carrefour bruyant d’à peu près tout et depuis fort longtemps. L’image la plus immédiate est celle d’une société sismique (image appropriée n’est-ce pas, la ville craignant les tremblements de terre), soumise à des pressions incroyables, mais qui poursuit son chaotique chemin. Géographiquement, Istanbul semble le sas de tous les mondes connus. Une telle situation n’est pas sans conséquence sur la société qui la peuple, qui ne pourra qu’être tiraillée entre plusieurs cultures, penchants politiques, comme aspirations religieuses. Ata Türk fut sans doute l’homme de la situation, conscient de devoir donner une ligne directrice à cet ensemble hétéroclite, conduisant à marche forcée son pays vers une société laïque, presque démocratique. Aujourd’hui, le combat continue. Il m’a semblé que si les forces devaient pencher du côté obscur, la Turquie y perdrait jusqu’à son identité. C’est très joli une nation où l’appel du muezzin n’empêche pas les filles de porter des mini-jupes.

En sortant du cœur d’Istanbul, ce qui fut sans doute de la terre agricole est maintenant progressivement envahi par de gigantesques complexes commerciaux, évidemment laids. A regarder ces endroits clinquants comme à la parade, on les imagine envahis de foules assoiffées d’écrans plats quand le vrai luxe est le calme. Ne le répétez pas, même s’il est sans doute déjà trop tard, cette tranquillité, en Turquie, on la trouve sur l’île de Bozcaada. C’est beau comme une île grecque, ce qu’elle fut d’ailleurs jusqu’en 1923 (à l’époque, elle s’appelait Tenedos).

Partout, une sensation impressionnante de jeunesse et d’énergie irrigue un pourtant bien vieux pays. Point ou presque de mendiants, mais au sein d’une société de plus en plus moderne, se glissent encore des charrettes à bras et des cireurs de chaussures. Ici, aide toi, l’Etat ne t’aidera pas. Cela semblait enviable cette force en action sous nos yeux, même si elle pouvait être éminemment destructrice. Ainsi, ces plages si belles souvent jonchées de détritus, sans que cela n’émeuve apparemment personne. Face à un tel spectacle, cette usante conviction, l’humanité pourrait mieux faire.

Sur l’île, assis au soleil, je regardais autour de moi les gens rattachés à la pension qui nous hébergeait s’affairer tous les jours à raccommoder de vieux et jolis objets, ayant ensuite vocation à décorer les lieux. Réparer des choses est peut-être l’activité la plus noble qui soit. Ils s’y mettaient à plusieurs, paisiblement, avec au soir sans doute la divine sensation du devoir accompli. Il faudrait se réconcilier avec le travail et se défaire du consumérisme morbide. Il flotterait peut-être un peu moins de plastique sur l’océan.

Sébastien

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