Las, après nous avoir décalés deux fois, Slayer a finalement annulé sa venue parisienne dans cette petite salle, décision d’autant plus cruelle que le groupe se produisait là dans une configuration inhabituelle et particulièrement excitante. Cette annulation de dernière minute – la veille – n’est pas très « metal », d’autant qu’ils ont joué avant et après ailleurs en Europe. Et où va le monde si Slayer n’est plus « metal », je vous le demande ?
Du coup, dans ma vie, à ce jour, j’ai vu plus souvent Divine Comedy en concert que Slayer…
Neil Hannon, leader maximum des Divine Comedy ne nous aura quant à lui pas fait faux bond à l’occasion de ce concert à Pleyel (festival Days Off). Pour l’occasion, également inhabituelle, il est venu nous jouer son répertoire tout seul, tantôt assis derrière un piano, tantôt debout avec sa guitare acoustique.
Avant ce met de choix, nous fut infligé une première partie particulièrement casse-bonbons : Alela Diane. Sa prestation s’est résumée aux paroles de ce qu’elle nous a présentée à un moment comme étant une nouvelle chanson, en chantant, sans rire, « the song that I sing is the same ». Tout le problème était effectivement là. Ca a duré moins d’une heure mais ça m’a paru une éternité.
Nous étions fort bien placés - merci Alain – puisque au deuxième rang devant la scène, face à l’interprète, et c’est donc impatients de voir l’artiste d’aussi près que nous avons attendu son arrivée. Il a surgi sur la gauche de la scène, un verre de vin rouge à la main, costume noir, très blanc, les traits un peu tirés, dégageant une immédiate impression de fragilité et d’inquiétude souriantes.
A juste titre sans doute, car soyons honnêtes, Neil Hannon n’est pas un très grand pianiste, instrument qui accaparera quand même la majorité du spectacle. Mais il le sait et transforme cela en happenings, nous faisant rire de ses soudaines maladresses, donnant une spontanéité et une fraîcheur au concert indiscutables.
Je ne suis pas un fan absolu de Divine Comedy, mais je suis extrêmement touché par sa musique lorsqu’elle se fait mélancolique, et quand Neil Hannon exprime dans ses chansons un humour anglais irrésistible (mais peut-être ai-je trop lu Agatha Christie). Je suis nettement moins emballé par ses ritournelles pop-rock qui, si elles sont élégamment orchestrées, distillent généralement une bonne humeur qui me fatigue un peu. Et puis, je déteste son batteur qui n’a absolument aucun swing et qui écrase tout sans ajouter la moindre pulsation décente.
Ce soir, rien de tout cela, c’est dépourvue d’artifices que nous est présentée la musique. Dans certains cas, c’est extrêmement réussi (et notamment avec deux de ses plus belles chansons « Our Mutual Friend » au piano et « A Lady Of A Certain Age » à la guitare), mais dans d’autres, Neil Hannon n’étant pas Paul Mc Cartney, une certaine linéarité d’ensemble finissait par se dégager.
Mais ne boudons pas notre plaisir, Neil est grand et je suis son prophète. Ce type est petit, blanc et maigre et la gent féminine, à juste titre, se pâme (ça me parle ce genre de situations). C’est totalement réjouissant. Dans ses concerts, il faut regarder les femmes (il faut toujours regarder les femmes, mais c’est un autre sujet) : comme absentes à elles-mêmes, elles sourient, dodelinent de la tête et même rosissent comme si Neil Hannon s’adressait directement à elle, et leur susurrait à l’oreille des mots doux. Il est très fort, j’en connais de nombreuses qui pourraient vous le confirmer.
Sébastien
