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The Real Thing

"Magic in the Moonlight" de Woody Allen

jeudi 30 octobre 2014, par Sébastien Bourdon

« Magic in the Moonlight » de Woody Allen

En entrant, on est immédiatement agressé par l’odeur d’huile de friture de même que par la musique diffusée dans le hall qui, de cet art, n’a que le nom. Sale, bruyant et cher, bienvenue dans le multiplexe Pathé Wepler (Place de Clichy). Aller au cinéma « normal » serait donc devenu une punition, on se demande comment les gens acceptent d’être traités ainsi. Non, mon cinéma d’art et d’essai de quartier n’est pas un luxe, il est une évidente nécessité.

Cet enfer contemporain nous a turlupinés jusqu’à ce qu’enfin le film commence, ce qui prend un certain temps lorsqu’on en passe par près d’une demi-heure de publicité lénifiante et de bande-annonce de navets à venir. Il faut reconnaître un mérite à cette entrée en matière, plus séduisante encore fut l’ouverture du film. Le Berlin des années 20, un spectacle de magie telle que la pratiquait Houdini, pour ensuite partir en Bugatti sur les routes d’une Provence magnifiée et enchanteresse (à la photographie, une fois encore, Darius Khondji).

Ce film aux apparences esthétiques du rêve, nous conte les aventures d’un atrabilaire magicien de génie, misanthrope et prétentieux, aussi sympathique que le typhus dixit un de ses amis, qui se fait fort de débusquer les charlatans, ceux qui vendent l’illusion comme une forme de réalité parallèle. Dans cet exercice, il va évidemment tomber sur plus fort que lui, une jeune femme (Emma Stone), car comme chacun le sait, ces dernières sont réellement magiques (c’est scientifiquement prouvé). Nous allons donc nous délecter d’une « comédie au champagne » comme les décrit en ces termes Woody Allen, il y aura des bulles, de beaux paysages et de jolis vêtements, et même quand cela sera tragique, rien ne sera grave.

En effet, comme ne feint surtout pas de le croire Woody Allen, la vie est épouvantablement absurde, ressemblant plus souvent à une farce cruelle qu’à une comédie de Lubitsch. Pour illustrer son propos, dans son interview au Monde, le cinéaste fait référence au poète W. H. Auden qui voit, dans la réalité qui peut toujours vous retomber dessus, comme « le bruit distant du tonnerre à un pique-nique ».

Ainsi, même innocent, n’est-on de toutes façons pas condamné à mort, comme s’en désespère le personnage principal Stanley Crawford - alias le magicien Wei Ling Soo (épatant Colin Firth) ? Alors, la seule solution est de s’échapper en se nourrissant le plus souvent possible de rêves et de fantaisies, sans céder aux chimères et aux faux-semblants. Peut-on être heureux et lucide, sans doute pas s’en inquiète l’auteur, mais il n’est pas interdit de sublimer le quotidien, art que maîtrise fort bien Woody Allen.

Sur mon vélo, je regarde les affiches de cinéma et celle vantant le nouvel opus du new-yorkais le plus aimé des français nous présentait ce dernier film en date comme « un de ses meilleurs » (sachant qu’il en a réalisé quarante-trois). C’est une manie française que de donner presque systématiquement cette qualité à chacune de ses sorties, alors que cela mériterait souvent d’être un peu nuancé. « Magic in the Moonlight », si plaisant et drôle soit-il, n’est certainement ni « Manhattan » (1979), ni « Match Point » (2005) et pas non plus « Blue Jasmine » (2013 - http://www.soundsmag.org/Blue-Moon). En revanche, avec une élégance et une subtilité que peu de cinéastes contemporains approchent, Woody Allen persiste ici à disserter sur les cruautés de la vie et la médiocrité de nos semblables, en nous rappelant cette évidence que n’aurait pas renié François Truffaut (au hasard) : la seule magie qui vaille, c’est le cinéma.

Sébastien

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