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Talkin’ Bout My Generation

The Melvins, le Bataclan, le 19 septembre 2015

lundi 21 septembre 2015, par Sébastien Bourdon

Alors que « suite à une panne mécanique », on est coincé dans une rame de la ligne 9, atterrit sur notre téléphone un message envoyé par notre camarade mélomane du soir : « Suis devant. C’est plein de quarantenaires blancs, cultivés, mais désabusés... ». Dans le métro, l’atmosphère est un peu différente, c’est plein d’abrutis excités par la techno et la drogue, ce genre musical se fête ce soir à la Bastille (la « Techno Parade »). Que la peste les emporte avec leur excitation factice dopée aux stupéfiants chimiques. Leçon du jour, même si c’est long, même si on est fatigué, ne jamais renoncer à son vélo pour se déplacer dans la capitale.

Lorsque nous entrons, le Bataclan vibre à l’énorme son du duo Big Business, cette puissance sonnera comme un refuge après cette pénible traversée de Paris. Pour mémoire, ou pour ceux qui l’ignoreraient, Big Business est un duo basse- batterie (Jared Warren et Coady Willis), mais c’est également la deuxième moitié des Melvins dans leur configuration de ce soir.

Cette première partie achevée, un tour au merchandising permet de constater qu’il ne reste plus que des grandes tailles. J’ai beau vieillir, je garde la ligne, je passe mon tour et réalise donc de modestes économies. On trouve également sur le stand des affiches dédicacées par le groupe. Un garçon à côté de moi dit à sa chère et tendre, « ça serait bien pour la déco ». C’est indiscutable, les Melvins incarnent une forme de bon goût, tant dans le fond que la forme et ce depuis un paquet d’années.

Comme évoqué, le groupe dans sa formation actuelle (depuis 2006, à quelques exceptions près) emploie deux batteurs : Dale Crover, à ce poste depuis le mitan des années 80, et le jeune et sémillant Coady Willis. On pourrait donc résumer ce concert par un lapidaire « si vous n’aimez pas la batterie, hé bien allez-vous faire foutre ». Ayant vu maintes fois les Melvins avec le seul et tellurique Dale Crover aux baguettes, il était difficile d’imaginer un groupe ayant moins besoin d’un deuxième batteur. Et pourtant, à l’écoute comme à la vision, on ne peut que réaliser à quel point il s’agissait d’une riche idée, tant ces deux musiciens sont puissants, inventifs et complémentaires.

Les notes du « Sweet Leaf » de Black Sabbath résonnant dans la sono sont vite noyées par le flot sonore du quatuor (et ce d’autant que le son n’est pas formidable, la guitare de King Buzzo disparaissant un peu trop dans le mix).

Personne ne joue quoi que ce soit qui ressemble à ce que produit ce groupe. Ainsi, à une sorte de doo wop tribal s’enchaîne un riff assassin, à l’expérimentation succède l’évidence de la mélodie (« Civilized Worm »), vite dépassée par une instrumentation décalée, soudainement plombée une lourdeur écrasante (« At The Stake »). Le concert ne connaîtra aucune interruption, on ne nous laissera même pas applaudir, le rouleau-compresseur est lancé, impossible de l’arrêter.

Le groupe concasse, éparpille son répertoire (et parfois celui des autres), ne joue jamais deux fois la même chose et se prive rarement d’expérimenter, même si, à l’évidence, tout est très écrit. En effet, aussi bizarroïdes qu’elles puissent être, on ne plaisante pas franchement avec les mises en place chez les Melvins.

A l’instar de feu Frank Zappa, les Melvins semblent s’interroger également sur la place de l’humour dans la musique. Ils y répondent à leur manière bien particulière, pas plus que leur musique n’est confortable, leur humour est parfois étrange et dérangeant.

Le groupe joue ce soir un de ses concerts « accessibles », même si les morceaux ou chansons sont joués entre légère dislocation et destruction totale. La salle n’étant pas pleine, on apprécie paisiblement et puis, soudainement, King Buzzo cesse de jouer, tend sa guitare à un roadie et quitte la scène, rapidement suivi par le bassiste. Nos deux batteurs ont alors, avec la maestria qui a caractérisé leur prestation, mis fin au concert par un dernier duo qui vous réconcilierait avec les solos de batterie, s’ils étaient joués à deux.

Las, ce brusque achèvement au bout d’une petite heure et quart nous a quand même laissé un goût de trop peu. Buzz Osborne (aka King Buzzo) était-il fatigué, son instrument posait-il problème, ou bien, tout simplement, la fête était finie ? On pencherait pour la dernière option.

Postscriptum qui n’a rien à voir : en ce lundi matin à vélo, j’ai croisé une petite femme sortant du Parc Monceau, se rendant vraisemblablement à son office et arborant un tee-shirt blanc sous lequel se dessinait une poitrine particulièrement généreuse. Sur ladite pièce de tissu était écrit « oh shit it’s Monday ». C’est vraiment n’importe quoi Paris en ce moment.

Sébastien

Messages

  • Bonjour,
    Cette chronique est conforme à ce qu’il s’est passé, mais très étrangement, ce soir là, je n’ai pas ressenti ce goût de "trop peu", bien que le concert ait été court. Sans doute parce que je me suis habitué à l’idée que le temps des concerts à 200 à l’heure de plus de deux heures, ceux dont les Fugazi, No Means No ou Yo La Tengo étaient coutumiers dans les années 90, est révolu, et que, tout simplement, cette fois, avec un son meilleur que celui de précédents concerts des Melvins (cf. notamment leur épouvantable prestation-bouillie sonore à la boule Noire, inaudible) et que ce que livre bien souvent le Bataclan, il n’y avait pas forcément besoin de "plus". Quelle limite doit-on fixer à la gourmandise ? Au demeurant, je n’ai pas vu madame T-B ce soir là, mais je l’aurais volontiers saluée.

  • Oui, mais il y a eu, aussi, cet éprouvant concert de 2001 à la Boule Noire. J’ai recherché des commentaires d’époque, et, surprise, certains avaient trouvé le concert fantastique. Comme quoi... Mais peut-être avaient-ils des bouchons (de cérumen :)), parce que sans protection (sauf à me rendre à des concerts style My Bloody Valentine ou Napalm Death, je m’y refuse), c’était très pénible. A bientôt, et peut-être en concert, car d’ici décembre, ce ne sont pas les occasions qui manquent.

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