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Supergrass : le rideau tombe

jeudi 9 septembre 2010, par Frank Leprince

Récit tardif d’un concert d’adieu qui a eu lieu le 11 juin...

Les années 90 ont été marquées musicalement en Angleterre par des polémiques stupides entre Blur et Oasis, deux groupes diamétralement opposés. Si Oasis a sorti en 1994 et 1995 deux albums pop rock absolument imparables (je fais remarquer en réaction aux moues dubitatives de mes quelques lecteurs que le journal RAGE – revue assourdissante d’une génération électrique – très orientée hardcore/fusion – avait en son temps fait l’éloge de leur second album), Blur est apparu sur la durée beaucoup plus talentueux. Damon Albarn continue à expérimenter des styles très diversifiés alors que les frères Gallagher ne surprendront plus personne.

Mais revenons-en à Supergrass. Etrange groupe. Un guitariste chanteur leader (génial Gaz Coombes), un bassiste et un batteur, combo classique et énergique. Pop avec un titre aussi léger que "all right", rock avec les autres compositions du groupe. Vous comprendrez que j’hésite à mettre ce groupe dans une catégorie longtemps déconsidérée, à savoir groupe de pop anglaise. Supergrass vaut beaucoup mieux que ça et ses prestations scéniques ont toujours été exceptionnelles. Mais voilà après seulement 15 ans d’existence, après 6 albums, le groupe décide de se séparer gentiment et discrètement, tout en permettant à ses fans de partager deux ultimes heures de pur bonheur.

Je n’ai su que par hasard que le concert de la Cigale prévu donc le 11 juin serait le dernier des derniers. Donc, aucune hésitation, il fallait réserver mes billets pour ma petite famille, à savoir femme et fils. En règle générale, ma femme ne se déplace au concert que pour entendre chanter son cousin, Romain Humeau, leader du groupe Eiffel (en concert au Zénith en octobre – petite pub familiale). Donc j’étais doublement, voire triplement heureux (puisque mon fils était également des nôtres – comme au concert de Green Day… vous suivez) d’assister à ce concert d’adieu de Supergrass.

Vendredi soir, j’arrive donc avant ma petite famille (le scooter réduit considérablement le temps de trajet), histoire de boire un verre en entendant parler anglais car nos perfides voisins sont arrivés en masse. La moyenne d’âge est de 28-30 ans – je ne suis pas le plus vieux, je croise des quarantenaires (ou presque). La nostalgie est bien présente.

Nous nous installons au balcon pour bien voir la scène.

Les lumières s’éteignent, faisant apparaitre des petits films publicitaires des années 70 – approche plutôt sympathique même si un peu longue. La question essentielle est la suivante, par quel titre le show va-t-il commencer ?

Une fois les "pub" anglaises un brin kitsch terminées (dont une pub superbe avec le joueur de foot emblématique Kevin Keegan), le titre du dernier album du groupe apparait sur l’écran faisant place à un très court-métrage en rapport avec cet album "Diamond hoo haa". Le groupe arrive enfin et nous assène des riffs fantastiques qui mettent la Cigale dans tous ses états. Le son est très bon et la voix de Gaz toujours aussi impeccable. Supergrass va donc nous faire un show en autant de tableaux que d’albums, à savoir 6. Bien entendu, impossible de partir avant la fin du concert puisque l’on sait qu’il se terminera par les titres les plus dévastateurs de Supergrass.

Les deux premiers tableaux représentent donc le dernier album ( "Diamond Hoo Ha") et l’avant dernier (l’atypique "Road to Rouen"). Malgré des titres moins connus, le groupe parvient à tenir son public. C’est tout l’art de ce groupe. Son énergie et sa simplicité nous portent déjà.

Avec "life on others planets", dont les titres Za et Seen the light sont interprétés magistralement, on commence à arriver sur du lourd, repris en cœur par une Cigale loin de s’endormir.

L’arrivée de l’album "Supergrass" rend le public encore plus nerveux. Les hits imparables et dévastateurs chauffent à blanc la Cigale. "Pumping on your stereo", "Moving" (une merveille en concert, tout en crescendo), "Jesus came from outta space"… le bonheur est là mais tout le monde sait que le nirvana n’est pas encore tout à fait atteint.

Avant dernier album de la soirée (et donc second album du groupe), « In it for the money », avec la fameuse trilogie ("in it for the money", "Richard III", "Tonight")… la fosse devient incandescente, les gouttes de vapeur d’eau coulent de partout… "Sun hits the Sky"…. Nous sommes tous en train de nous consumer.

Et dernier tableau, 1er album "I Should Coco", le petit film d’intro qui montre les trois gamins de 1995 passe des extraits de "sitting up straight"… tout le monde est en apnée pour un final, un feu d’artifices de bonheur absolu : "I’d like to know", "Mansize Rooster", "Stranges Ones"… Plus personne ne peut respirer… tous les titres incontournables de l’album y passent… rappel bien entendu… et il ne reste plus qu’un titre manquant. Encore un morceau ? oui ? oui ! le foudroyant "caught by the fuzz" (je vous invite à regarder la vidéo sur youtube) - les murs de la Cigale tremblent, craquent… tout le monde chante et hurle car nous savons tous que c’est le dernier titre que Supergrass jouera. Il n’y en aura plus. Après c’est fini. On aimerait que ça ne s’arrête jamais. Alors un break de 20 secondes, ils repartent de plus belle. La fin est proche. La bouteille de champagne explose, la batterie aussi. Une petite révérence discrète à l’image des trois compères – fin de l’histoire… tout le monde se regarde, heureux, transpirant et déjà nostalgique… nous venons de vivre un moment magique.

Franck

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