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Stairway to heaven

vendredi 6 mai 2011, par Sébastien Bourdon

Ce matin, une fois n’est pas coutume, j’étais à pied pour me rendre à mon office. A l’écoute dans mon baladeur (c’est fou comme le vocabulaire, à l‘image d’à peu près tout, devient vite désuet), le sublime « We’re here because we’re here » d’Anathema. Ce disque, propice à la rêverie, faisait de cette promenade matinale dans un Paris tout juste éveillé un moment particulièrement délicieux à mes oreilles.

Toutefois, réflexe pavlovien oblige, arrivé devant une station Vélib’, je constate qu’il en restait un de libre, que venait tout juste de laisser une charmante jeune femme. Je me suis donc attelé à une inscription d’un jour afin de prendre ce dernier vélo libre. Alors que j’avais quasiment terminé cette manipulation, un type arrive, m’ignore sciemment, vérifie l’état de la bicyclette, sort sa carte et s’en empare, sans le moindre regard pour moi. Le choix était cornélien, couper cette musique merveilleuse et entamer une dispute acerbe avec ce malotru, ou poursuivre à pied, en n’interrompant surtout pas le flot délicieux qui se versait dans mes esgourdes. J’ai préféré la deuxième solution, non sans une légère amertume en pensant à la trop fréquente médiocrité de mes semblables.

Cette semaine, le député Patrick Roy a eu la mauvaise idée de quitter l’hémicycle, en quelque sorte, « Elvis has left the building ». Voilà un de mes semblables que je regretterai amèrement et qui ne m’a jamais semblé médiocre. J’ai eu le plaisir de le rencontrer deux fois et de deviser avec lui (ami lecteur, je ne t’apprends rien). J’avais auparavant été charmé par ce député, pour l’avoir vu évoquant sur les bancs de l’Assemblée les mérites comparés de groupes comme Mass Hysteria ou Gojira, afin d’étayer un discours sur la loi HADOPI ou sur le soutien à la création musicale française. Une fois le côté folklorique dépassé (le « rock metal » comme on dit au Palais-Bourbon), force est de constater qu’à droite comme à gauche, il était reconnu comme un travailleur acharné de dossiers, n’oubliant jamais au contact de ses administrés (la ville de Denain), la réalité du quotidien des électeurs. On en serait venu avec lui à militer pour le cumul des mandats !

Nous l’avions rencontré au Trabendo lors d’un concert de Mastodon. Il était là, veste rouge et cravate, accompagné de son fils, visiblement fidèle à ses convictions comme à ses goûts. Nous avions devisé dans la nuit et ce dernier avait comparé très justement le groupe que nous venions de voir au King Crimson des années 70.

En juin dernier, on pouvait le voir sur les pelouses du Hellfest, nous nous sommes salués et avons convenu que le spectacle du metal international avait infiniment plus d’allure que les milliardaires en shorts sévissant au même moment en Afrique du Sud (propos qu’il réitérera d’ailleurs dans une interview au Monde).

Puis, en décembre, la nouvelle de sa maladie nous est parvenue. Nous lui avons écrit afin de l’assurer de notre soutien, Patrick Roy était homme à apprécier dans la souffrance ce genre de manifestation sincère d’affection.

Contre toute attente, il est revenu au mois de mars à l’Assemblée Nationale, une rémission extraordinaire à laquelle on voulait croire l’ayant comme extirpé du territoire des morts. De ce séjour près des limbes, il avait gardé tous les stigmates, le corps maigre et la voix encore incertaine. A l’issue de son très beau discours, l’Assemblée s’est levée pour l’applaudir et on a eu envie de croire à la vie comme à la République.

Mais il n’y a pas de miracle, il nous a finalement quittés, laissant notamment derrière lui une foule immense de chevelus en larmes qui ne manquera pas de le saluer une dernière fois sur les pelouses de Clisson. Cette semaine, un journaliste faisant état de sa disparition, concluait en ces termes : « Cet homme appelait un seul mot : respect ». On ne saurait mieux dire.

Sébastien

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